“Traits d’une ère” remémore d’importants événements historiques

15-02-2019 03:41 PM


L’exposition “Traits d’une ère” dans la série “Trésors de nos musées” dans sa troisième édition a été ouverte le 27 janvier au Complexe artistique (Palais Aïcha Fahmy) à Zamalek. L’exposition se poursuivra jusqu’au mercredi 27 mars.

Le complexe artistique, dirigé par l’artiste Ihab Al-Labbane, a adopté depuis sa création l’idée de créer une identité spéciale pour le complexe, en montrant les trésors de l’Égypte à travers les trésors de nos musées.

L’importance de cette nouvelle exposition historique « Traits d’une ère », concernant l’ère de la famille de Mohamed Ali, est l’une des raisons principales de sa spécificité, une ère à laquelle se sont intéressés de nombreux historiens aux niveaux local et international en raison des grands événements survenus en Égypte depuis près d’un siècle et demi. Quatre types de régimes se sont succédé, en commençant par le régime étatique, en passant par le Khédivial et le Sultanat, et en se terminant par le royaume qui était à la fin de l’ère.

Cette exposition est une réelle opportunité de remémorer les étapes fondamentales de notre histoire égyptienne moderne, loin de toute considération dépassant les limites de la valeur esthétique, du patrimoine et du contexte historique.

L’une des pièces les plus importantes de l’exposition est une statue en bronze du Khédive Ismaïl, dont l’examen minutieux a révélé qu’elle était une copie génuine de la statue du Khédive Ismaïl, qui devait être construite à la place Ismaïlia (actuellement place Tahrir) à la fin des années 1940. Cette découverte revêt une grande importance historique en raison du fait de la découverte du sort de cette pièce dont un certain nombre d’écrivains, critiques et journalistes ont confirmé la disparition, chacun en fournissant des explications non confirmées par des preuves décisives.

L’enregistrement officiel de cette statue prouve également que c’est le travail d’un artiste égyptien, dont le rôle est souvent négligé, et dont la réalisation est souvent attribuée à des artistes étrangers.

L’importance de cette découverte est également évidente dans la résolution de la problématique historique qui était courante et qui a circulé parmi un certain nombre de personnes ayant écrit sur ce sujet qui provoquait un problème dans leur confusion entre cette statue et une autre similaire qui existe encore à Alexandrie.

Il est bon de savoir que la dynastie de Mohamed Ali, dynastie des Alaouites, dans le sens de « descendants d’Ali » est la dynastie qui a gouverné l’Égypte et le Soudan du début du xixe siècle jusqu’au milieu du xxe siècle. Sur des périodes plus courtes, elle a également contrôlé une partie de la Libye, la Crète, le district d’Adana, en Turquie, la Syrie, le Liban, la Palestine, le Hedjaz, dans l’ouest de l’Arabie saoudite, une partie du Yémen2, et une partie de l’Éthiopie. Le nom de cette dynastie vient de son fondateur Mohamed Ali Pacha, considéré comme le père de l’Égypte moderne.

Jusqu’en 1914, c’est une dynastie des gouverneurs de provinces de l’Empire ottoman, portant les titres de wali ou khédive qui sont de titres de l’administration ottomane. Ainsi, elle est aussi connue comme la « dynastie des Khédives » ou la « dynastie des vice-rois de l’Égypte et du Soudan ». C’est sans doute la seule dynastie de gouverneurs qui règne sur plus de populations et plus de territoires que ses souverains, avec des juridictions sur trois continents.

Mohamed Ali et ses successeurs se proclament Khédives au lieu de wālis, mais ce titre n’est reconnu qu’à partir de 1867 avec le sultan ottoman Abdul-Aziz Ier. C’est Ismaïl Pacha qui ouvre l’ère des khédives reconnus. À la différence de son grand-père et son père qui menaient une politique de guerre contre la Sublime Porte, Ismaïl Pacha renforce la position de sa dynastie par une combinaison de flatterie et de corruption. Néanmoins, il l’affaiblit par le poids des dettes, et en 1879, le sultan ottoman Abdel Hamid II avec l’aide des grandes puissances, le dépose et le remplace par son fils Tawfiq. En 1882, le Royaume-Uni envoie ses troupes occuper l’Égypte et le Soudan, au motif d’aider le khédive Tawfiq contre le gouvernement nationaliste d’Ahmed Orabi. Par la suite, le véritable pouvoir de l’Égypte et du Soudan est tenu par les Britanniques, mais la dynastie est maintenue, et les territoires restent nominalement des provinces ottomanes.

En 1914, le khédive Abbas II entre dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l’Empire ottoman et des Empires centraux. Les Anglais le déposent rapidement, en le remplaçant par son oncle Hussein Kamal. Pour marquer sa rupture avec les Ottomans, Hussein Kamal adopte le titre de sultan. Les Anglais par la même occasion transforment l’Égypte et le Soudan en protectorat. Ce fait provoque une montée du nationalisme des autochtones, et les Anglais doivent bientôt reculer, reconnaissant l’indépendance de l’Égypte en 1922. Avec la nouvelle situation, le nouveau chef d’État égyptien Fouad Ierabandonne le titre de sultan pour celui du « roi d’Égypte et de Soudan », avec comme supplément le titre de « souverain de Nubie, de Kordofan et de Darfour ». Les territoires égyptiens et soudanais restent fortement contrôlés par l’administration britannique en Égypte qui cherchait aussi par plusieurs manières à séparer le Soudan de l’Égypte. C’est en réagissant aux manœuvres anglaises que Fouad Ier et son fils Farouk Ier (1936 – 1952) maintiennent ces titres.

Il est à noter que l’exposition est accompagnée d’un important ouvrage documentaire, qui comprend, outre le catalogue d’œuvres présentées, une étude historique et documentaire, par l’historien Dr. Yasser Moungui qui révèle une série de faits importants liés au contexte de l’art égyptien moderne au cours de cette période.

A noter aussi que le palais d’Aïcha Fahmy, sur l’île de Guézira au Caire, a rouvert récemment ses portes aux visiteurs, après douze années de fermeture due à des travaux de restauration et réhabilitation. Il accueille aujourd’hui des expositions de peintures et sculptures, conformément à la vocation de “Centre des arts” (“Mogammaa al-Founoun”) qu’on lui avait déjà attribuée en 1978.

Cet élégant édifice est construit en 1907 par l’architecte italien Antonio Lasciac, tout juste nommé au poste d’architecte en chef des palais khédiviaux, sur commande d’Ali Pacha Fahmy, qui sera chef de l’armée égyptienne sous le règne de Fouad Ier. Le palais est destiné à l’une des filles d’Ali Pacha Fahmy, la princesse Aïcha.
À la mort de son père, en 1924, la princesse rachète à ses sœurs leurs parts de l’héritage afin d’en devenir, pour un montant de 72.000 livres, l’unique propriétaire. Avec l’artiste Youssef Wahbi qu’elle vient d’épouser, elle y résidera de nombreuses années. Le palais est un “mélange de styles” – baroque, rococo, Art nouveau -, selon les goûts de l’époque, avec un désir d’ouverture sur l’Europe. Il occupe un espace total de plus de 2.700 mètres carrés, comportant 30 chambres, deux grandes salles et un sous-sol richement ornés.

Dans les deux étages du palais, à part la mezzanine, les vitraux demeurent des œuvres d’art de toute beauté. Chaque pièce a un style différent qui a été respecté. Même les salles de bains immenses ont gardé toute leur splendeur, avec notamment la pièce qui leur est annexée, offerte à Aïcha Fahmy par les Japonais.

En 1958, en vertu d’un décret présidentiel, le palais est exproprié, et devient propriété de la République. Il passera dès lors sous la tutelle successive de diverses administrations : ministère de la Culture (Tharwat Okacha, premier ministre de la Culture égyptien, y installera son bureau), ministère de l’Information, département des arts visuels du ministère de la Culture… Sous la direction de l’artiste Ahmad Fouad Sélim, il sert de cadre à d’importantes expositions d’œuvres d’artistes égyptiens ou étrangers, dont Picasso et Dali.

Ce nouveau “complexe artistique” voit toutefois son état se dégrader. Ses portes sont fermées en 2005. Pour cause de volume et de complexité des travaux de réparation à effectuer sur les fondations, les tentures, les plafonds et les murs très endommagés, ainsi que d’événements (la Révolution du 25 Janvier 2011) ralentissant l’activité économique du pays, le processus de rénovation se déroulera sur une douzaine d’années. Le défi était à la fois technique et esthétique: il fallait à la fois rendre ce lieu fonctionnel, compte tenu des contraintes des manifestations artistiques, tout en respectant sa beauté originelle, son âme en quelque sorte…

Empreint d’une nouvelle jeunesse, sans avoir perdu le charme de ses origines, le palais de la princesse Aïcha Fahmy est désormais ouvert aux artistes, jeunes ou plus chevronnés, ainsi qu’à des rencontres musicales. La rénovation a coûté plus de 30 millions de LE, mais c’est un choix réussi qui permet de faire une visite exceptionnelle dans le monde de l’art et dans l’histoire d’un lieu à la saveur d’antan. Une évasion qui ne peut être que bénéfique pour les citadins du Caire.

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