Visite historique du Pape François aux Emirats arabes unis

07-02-2019 11:09 AM


Le Pape François a achevé mardi sa visite historique aux Émirats arabes unis par une grande messe en plein air. Il s’agissait de la première visite d’un Pape catholique dans la péninsule arabique.

Des milliers de personnes avaient exulté en le voyant apparaître juché sur sa “papamobile” dans le stade où il allait célébrer une messe géante. “Pope Francisco”, ont-ils scandé agitant des drapeaux jaune et blanc aux couleurs du Vatican.
Le Pape François, fidèle à sa volonté de montrer la proximité de l’Eglise partout sur la planète, est venu saluer presque exclusivement des travailleurs immigrés, dont une écrasante majorité de Philippins et d’Indiens en habits colorés.
Lui-même fils d’immigrés italiens ayant grandi dans une Argentine multiculturelle, Jorge Bergoglio est toujours très sensible aux difficultés des personnes déracinées.
“Pour vous, ce n’est certes pas facile de vivre loin de la maison et de sentir bien sûr, en plus de l’absence de l’affection des personnes les plus chères, l’incertitude de l’avenir”, a-t-il dit durant son homélie prononcée en italien et traduite par haut-parleur en arabe. Le Pape a en revanche exceptionnellement célébré la messe en anglais.
“Vous êtes un chœur qui comprend une variété de nations, de langues et de rites”, a-t-il souligné, parlant d’une “joyeuse polyphonie de la foi” qui construit l’Église.
Le Pape François, dans un long discours lundi devant des responsables de toutes les religions, avait encouragé les Émirats à “poursuivre le chemin” garantissant la liberté de culte, évoquant “un carrefour entre Occident et Orient”.
Le Pape et cheikh Ahmed al-Tayeb, le grand imam de l’institution Al-Azhar, ont condamné ensemble toute discrimination contre les minorités religieuses et appelé à la fraternité, dans un document co-signé lundi soir. Le « document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune » aborde notamment les thèmes du fanatisme religieux, de la liberté religieuse et des droits des femmes.
Les deux chefs religieux ont fait valoir que la foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer. De la foi en Dieu, qui a créé l’univers, les créatures et tous les êtres humains – égaux par Sa Miséricorde –, le croyant est appelé à exprimer cette fraternité humaine, en sauvegardant la création et tout l’univers et en soutenant chaque personne, spécialement celles qui sont le plus dans le besoin et les plus pauvres.

Partant de cette valeur transcendante, en diverses rencontres dans une atmosphère de fraternité et d’amitié, ils ont partagé les joies, les tristesses et les problèmes du monde contemporain, au niveau du progrès scientifique et technique, des conquêtes thérapeutiques, de l’époque digitale, des mass media, des communications ; au niveau de la pauvreté, des guerres et des malheurs de nombreux frères et sœurs en diverses parties du monde, à cause de la course aux armements, des injustices sociales, de la corruption, des inégalités, de la dégradation morale, du terrorisme, de la discrimination, de l’extrémisme et de tant d’autres motifs.

De ces échanges fraternels et sincères, qu’ils ont eus, et de la rencontre pleine d’espérance en un avenir lumineux pour tous les êtres humains, est née l’idée de ce « Document sur la Fraternité humaine ». Un document raisonné avec sincérité et sérieux pour être une déclaration commune de bonne et loyale volonté ,destinée à inviter toutes les personnes qui portent dans le cœur la foi en Dieu et la foi dans la fraternité humaine, à s’unir et à travailler ensemble, afin que ce Document devienne un guide pour les nouvelles générations envers la culture du respect réciproque, dans la compréhension de la grande grâce divine qui rend frères tous les êtres humains.

Al-Azhar et l’Eglise Catholique ont demandé que ce Document devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles, dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation, afin de contribuer à créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout le droit des opprimés et des derniers.

Les deux chefs religieux ont exprimé le souhait que cette Déclaration soit une invitation à la réconciliation et à la fraternité entre tous les croyants, ainsi qu’entre les croyants et les non croyants, et entre toutes les personnes de bonne volonté ; un appel à toute conscience vivante qui rejette la violence aberrante et l’extrémisme aveugle ; appel à qui aime les valeurs de tolérance et de fraternité, promues et encouragées par les religions ; un témoignage de la grandeur de la foi en Dieu qui unit les cœurs divisés et élève l’esprit humain ; un symbole de l’accolade entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, et entre tous ceux qui croient que Dieu nous a créés pour nous connaître, pour coopérer entre nous et pour vivre comme des frères qui s’aiment.

Lundi le Pape, vêtu de blanc, et le grand imam sunnite, en noir, s’étaient montrés côte à côte devant la grande mosquée Zayed, puis s’embrassant à la même tribune de la conférence interreligieuse.
Mardi, le prince héritier d’Abou Dhabi a annoncé dans un tweet avoir ordonné la construction d’une “maison de la famille d’Abraham” pour commémorer la “visite historique” du Pape François et du grand imam d’Al-Azhar ainsi que la coexistence des religions.

Les Émirats arabes unis, où l’immense majorité de la population est composée de travailleurs étrangers, soignent leur image et cherchent à projeter des valeurs de tolérance religieuse et de diversité culturelle. Le pays, qui s’enorgueillit d’avoir un ministre de la Tolérance, a ainsi déclaré 2019 « Année de la Tolérance ». Des millions d’expatriés vivent dans ce pays du Golfe, dont d’importantes communautés sont originaires d’Inde et des Philippines. Il y a environ un million de catholiques dans cet État, adepte d’un islam plutôt modéré et dont la société est largement ouverte vers le monde extérieur.

Tradition et religion musulmane se mêlent de manière inextricable à une ouverture à la mondialisation économique, dans ce tout jeune pays où, en moins de cinquante ans, grâce au pétrole, le désert a laissé place à des jungles de buildings ultramodernes : s’établissent là hôtels de luxes et multinationales, entourés de parcs verdoyants et de spacieuses autoroutes.

Mais la tolérance religieuse que le pays brandit en étendard n’est pas la moindre de ses spécificités. Bien que l’islam sunnite soit la religion d’État, le gouvernement multiplie les signes d’ouverture. Outre les catholiques, les autres confessions chrétiennes et religions ont aussi leurs propres lieux de culte. Protestants, coptes, mormons…

Il faut ainsi relever les quatre rencontres du Pape François avec le leader de l’islam sunnite, le grand Imam d’Al-Azhar Ahmed al-Tayeb, qu’il a reçu au Vatican à trois reprises en mai 2016, novembre 2017 et novembre 2018, et auquel il avait donc rendu visite au Caire en avril 2017.

Depuis le début de son pontificat, le Pape s’est rendu à plusieurs reprises dans des pays dont la population est majoritairement musulmane, comme l’Égypte, l’Azerbaïdjan, le Bangladesh et la Turquie. En mars, il est attendu au Maroc.

Au lendemain de son élection, devant les journalistes à qui il explique son choix du nom du saint d’Assise, le Pape argentin évoque “l’homme de la paix“. Il est le “saint de la communion avec toutes les créatures de la terre“, insiste-t-il alors. Saint François n’est-il pas celui qui en 1219, en pleine croisade, se porte désarmé à la rencontre du sultan d’Egypte Malik al-Kamil?

Avec pour thème ‘Fais de moi un instrument de ta paix’, tiré des paroles de la prière de paix du Poverello, le voyage aux Emirats arabes unis s’inscrit dans le sillon tracé 800 ans plus tôt par la rencontre du saint d’Assise avec le sultan. C’était en effet là “l’intention“ du Pape dans ce voyage: étudier comment “tous les hommes de bonne volonté peuvent travailler pour la paix“.

Cette visite, comme celle en Egypte en 2017, visait à montrer “l’importance fondamentale“ pour le Pape François de s’investir dans le dialogue interreligieux

Après avoir renforcé le lien avec le monde musulman par son déplacement en Egypte, le Pape François voulait franchir à Abou Dhabi une seconde étape en soutenant le souhait d’un pays arabe de se placer lui-même protagoniste en matière de tolérance, de dialogue et de rencontre interreligieuse.

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