Jubilé d’Or de la Foire internationale du livre du Caire

25-01-2019 11:17 AM


Jubilé d’Or de la Foire internationale du livre du Caire

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a inauguré mardi dernier la Foire internationale du livre du Caire qui se déroule jusqu’au 5 février. Pour la première fois, le salon se tient au centre international égyptien des expositions au Nouveau Caire aménagé sur une superficie de 45000 m² répartie en 723 pavillons et abritant 748 éditeurs, 525 agences de publication, 419 événements culturels, 144 événements artistiques, 600 dédicaces de livres et 35 pays comprenant 10 pays africains, 16 pays asiatiques, sept pays européens et deux des Amériques.

Ceci est dans le cadre de la volonté de l’État de sensibiliser le public à la culture et la science, à la lumière de l’adoption par le président Al-Sissi de la stratégie de «l’édification de la personnalité égyptienne».

En mettant l’accent sur les enfants et les jeunes, un programme spécial axé sur une exposition documente également l’histoire de la foire.

Cette édition du jubilé d’or est un nouveau virage exceptionnel pour la foire. La Ligue arabe est l’invitée d’honneur officielle cette année. Les personnalités honorées cette année sont Tharwat Okacha (1921-2012) et Soheir El-Qalamawi (1911-1997).

A noter à cet égard que Tharwat Okacha était un officier de l’armée impliqué dans le mouvement des officiers libres, avec l’ancien président Nasser et ses camarades lors de la révolution du 23 juillet 1952. En tant qu’enfant d’une famille aristocratique, Okacha a reçu une bonne éducation, a lu des livres en langues étrangères et a appris la musique très tôt chez lui. Ce contexte a fait de lui l’officier le plus cultivé et éclairé de son groupe d’officiers de l’armée.

Il a été nommé ministre de la Culture à la fin des années 1950 par le président Nasser. Okacha a occupé ce poste à deux reprises de 1958 à 1962, puis de 1966 à 1970. Ces deux mandats ont fait de lui le ministre de la Culture le plus en vue de l’histoire moderne de l’Égypte.

Okacha a obtenu son doctorat en littérature à la Sorbonne dans les années 1960 et a été chercheur invité au Collège de France. Il a publié plus de 70 ouvrages, dont son mémoire en trois volumes intitulé « Mes mémoires en politique et culture », qui est considéré comme une ressource précieuse pour les historiens de l’ère nassérienne; ainsi qu’une encyclopédie des arts de 38 volumes intitulée « L’œil écoute et l’oreille voit ».

Au cours de ses mandats ministériels, il a fondé de nombreuses institutions culturelles qui fonctionnent encore et qui sont considérées comme des points de repère importants pour l’Égypte. Par exemple, il a fondé le Conseil supérieur de la culture et des arts (maintenant appelé Conseil suprême de la culture), l’Organisation du livre égyptien et, plus important encore, l’Académie des arts. Tharwat Okacha a inauguré la 1ère édition de la Foire du livre du Caire en 1969.

Quant à Soheir El-Qalamawi, elle fut une personnalité littéraire et une politicienne égyptienne importante qui a façonné l’écriture et la culture arabes par son écriture, son activisme féministe et son plaidoyer. Elle fut l’une des premières femmes à fréquenter l’université du Caire et, en 1941, elle fut la première femme égyptienne à obtenir une maîtrise ès arts et un doctorat pour ses travaux en littérature arabe. Après avoir obtenu son diplôme, elle a été employée par l’université en tant que première femme enseignante. El-Qalamawi a également été l’une des premières femmes à occuper plusieurs postes de direction, notamment celle de présidente du département d’arabe de l’Université du Caire, de présidente de l’Union féministe égyptienne et de présidente de la Ligue des diplômées de l’Université des femmes arabes. Ses écrits comprennent deux volumes de nouvelles, dix études critiques et de nombreuses traductions de la littérature mondiale.

Parmi ses plus de quatre-vingts publications, la plus ancienne et la plus célèbre des œuvres d’El-Qalamawi est son premier recueil de nouvelles publiées en 1935. Cette œuvre, publiée au Caire, est également le premier recueil de nouvelles publiées par une femme en Egypte. Dans « Ahadith Jaddati » (Les contes de ma grand-mère), El-Qalamawi analyse le rôle social féminin en tant que conservatrice et rénovatrice de l’histoire de la communauté par le biais d’une narration orale dans ce travail. Le volume est encadré par l’histoire d’une grand-mère qui se souvient de son passé avec sa petite-fille. Elle développe cette histoire en une critique sociale et une vision du temps de guerre à partir du point de vue des civils qui sont restés à la maison. La grand-mère extrait la morale de son souvenir des événements et établit des comparaisons entre le passé et le présent, privilégiant souvent le passé. El-Qalamawi suggère à travers ce travail que les contes de vieilles femmes et les histoires de grand-mères au coucher puissent contenir un message féministe profond. À l’instar de nombreuses autres œuvres de fiction des années 1930, sa collection d’histoires fournit des représentations réalistes de la société égyptienne de la classe moyenne et, à travers ses yeux, une vision de la société paysanne.

La thèse qui a valu à El-Qalamawi son doctorat, un article de recherche sur « Alf Lailah wa Lailah » (Mille et une nuits), jette les bases de sa mission féministe. Elle a pour objectif de créer la nouvelle femme: une femme intelligente, cultivée et sage, entièrement responsable de sa vie et de sa famille. Cette femme non seulement utilise son esprit et ses vertus pour atteindre l’égalité avec les hommes, mais s’efforce également de rééduquer les hommes afin de gagner l’égalité. Ce message a été développé dans ses livres de critique littéraire, «Limitation en Littérature» (1955) et «Le monde entre deux couvertures de livre» (1958).

Ses traductions d’ouvrages tels que « Les histoires chinoises » de Pearl Buck (1950) et «La Mégère apprivoisée» de Shakespeare (1964) illustrent davantage les luttes des femmes et la nécessité de rééduquer les hommes. El-Qalamawi a également fondé et publié plusieurs magazines culturels traitant de sujets contemporains tels que le cinéma, la musique et les arts. Parmi les autres œuvres importantes figurent «Les diables jouent et dansent» (1965), «La littérature du dissident »(1941) et «Le monde dans un livre» (1958).

Son travail a été chaleureusement accueilli par la critique; beaucoup la considèrent comme une “figure littéraire remarquable du mouvement culturel contemporain en Égypte”.

À l’occasion du 50ème anniversaire de la Foire du Livre du Caire et de l’année culturelle « France Egypte 2019 », l’Institut français d’Égypte présente l’exposition « TYPOGRAPHIAe ARABICAe ». Cette exposition exceptionnelle qui retrace l’histoire de la typographie arabe jusqu’aux créations actuelles, a été conçue par la Bibliothèque des langues et civilisations de Paris et elle sera présentée conjointement au Centre International des Expositions d’Égypte et à l’Institut français d’Égypte.

La Foire internationale du livre du Caire est l’une des plus grandes foires du livre au monde, attirant des centaines de libraires du monde entier et environ 2 millions de visiteurs chaque année. C’est la plus grande foire du livre du monde arabe, ainsi que la plus ancienne. La foire est également remarquable car les éditeurs basés au Caire produisent environ trois des cinq livres en langue arabe imprimés dans le monde, et l’Organisation générale égyptienne du livre, organisme d’État, qui coordonne la foire, est le plus grand éditeur de livres dans le monde arabe.

La foire présente des stands et des intervenants d’éditeurs privés et d’agences gouvernementales du monde entier, ainsi que des détaillants de livres, de vidéos et d’autres supports. Des conférences, des lectures et d’autres événements publics ont lieu pendant les trois semaines de déroulement du salon du livre.

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