Macron tente de gagner du temps face aux « Gilets jaunes »

01-12-2018 06:18 PM


Macron tente de gagner du temps face aux « Gilets jaunes »

La flambée des prix des carburants ces derniers mois a donné naissance à un important mouvement de contestation relayé sur les réseaux sociaux. Une fronde qui se veut spontanée et qui a trouvé son apogée le 17 novembre 2018. Plus de 290000 personnes ont manifesté ce jour-là, prenant part à de nombreuses opérations, un peu partout en France. Et le mouvement prend de l’ampleur. Des centaines de sites sont visés par des blocages dans toute la France depuis lors.

Des manifestations qui ont connu de nombreux incidents puisque le ministre de l’Intérieur a fait état d’un mort et quelque 530 blessés, dont 17 gravement.
Les “Gilets jaunes” ont poursuivi leur mouvement dès le lendemain en bloquant de nombreux sites en France.
Le discours d’Emmanuel Macron n’a pas convaincu les Gilets jaunes qui ont appelé à une nouvelle manifestation sur les Champs-Elysées hier samedi. Jeudi dernier, le Premier ministre a entamé à Matignon des consultations sur la “grande concertation” voulue par le chef de l’Etat.
« Il entend, il écoute, il comprend. Mais il maintient le cap », c’est ainsi que « Le Figaro » a résumé le discours d’Emmanuel Macron mardi. « Avant les Gilets jaunes, ce discours devait être consacré à la programmation pluriannuelle de l’énergie, a pointé le journal. Confronté à la première grande vague de contestation de sa politique dans la rue et sur les ronds-points, le président de la République s’est efforcé de prendre de la hauteur en élargissant son propos bien au-delà de la seule taxe carbone.
Des inquiétudes sur “la fin du monde” à celles sur “la fin du mois”, il y a un gouffre que le chef de l’État a essayé de franchir. C’est ainsi, a poursuivi Le Figaro, qu’en une heure il a successivement abordé les thèmes des violences dans les manifestations pour les condamner, des nouveaux modes de transport, de la politique énergétique du pays à horizon 2035, de la transition écologique, de la fermeture des centrales nucléaires, de la géopolitique de l’énergie, du rôle de l’Europe, du message du Brexit, du malaise français et même de l’héritage de ses prédécesseurs. Le tout, a noté encore Le Figaro, sans prononcer une seule fois le nom des Gilets jaunes mais en annonçant tout de même trois mois de débats décentralisés sur toutes les mesures liées à la transition écologique. Une façon de diluer la colère en la dispersant au niveau local sur des problématiques locales. »
Alors concrètement, en direction des « gilets jaunes », a relevé « Le Parisien », « une seule annonce – un choix assumé – : l’adaptation de la fiscalité pour éviter les pics des prix sur les carburants. “C’est un mécanisme qui permet de jouer les amortisseurs, qui touche à quelque chose que les gens comprennent”, a vanté un proche du président. Pour le reste, a pointé encore Le Parisien, Emmanuel Macron renvoie à une “grande concertation de terrain sur la transition écologique et sociale”. Une ligne très “en même temps” (qui a également prévalu sur la réduction du nucléaire), trois mois de consultation et la promesse (sans plus de précision) “d’initiatives fortes dans les temps à venir”, qui ont laissé écolos et syndicats sur leur faim. L’opposition, comme les Gilets jaunes sur le terrain, sont, eux, très critiques. »

Finalement, a soupiré Sud-Ouest, « le président n’aura donc pas écouté ceux qui, jusque dans son proche entourage, lui conseillaient de lâcher du lest, par exemple en acceptant au moins un moratoire sur la hausse des carburants, ou en abaissant la TVA sur les véhicules propres. En réalité, il ne veut pas se laisser enfermer dans ce débat sur le pouvoir d’achat, voire sur la réforme de la démocratie que tentent de lui imposer des Gilets jaunes qui se prennent parfois pour des Sans-culottes. Il voulait, mardi, rester sur l’environnement, sans doute pour ne pas perdre complètement les écologistes (même s’il les aura fâchés en prolongeant le nucléaire), et surtout pour montrer qu’il n’est pas question pour lui de “changer de cap”. »

En effet, ont renchéri Les Echos, « certains proches de Macron voulaient des mesures d’un tout autre ordre : moratoire de la taxe carbone, taxer tout sauf les citoyens (kérosène, grands conteneurs, groupes pétroliers…), baisser massivement et les impôts et les dépenses, surprendre par une initiative politique : tout a été évoqué. Macron est resté sur le “en même temps”. Il a bougé, mais a-t-il bougé assez ? »

Non !, s’est exclamé « L’Humanité”. « Hallucinant… Emmanuel Macron avait donc des réponses urgentes et sérieuses à apporter à deux préoccupations majeures : la colère sociale grondante d’un côté, la transition énergétique d’un autre côté, chacune conditionnant nos choix fondamentaux en tant qu’horizon. Il a donc pris la parole, l’air grave. Mais les historiens des vaines élocutions retiendront qu’il a osé affirmer qu’il n’opposait pas “fin de mois” et “fin du monde”. Et après ? Rien. Absolument rien. Le vide sidéral. »

Pas d’accord, a répondu « Libération ». Libération qui a pointé le fait que « Jupiter revient sur terre », c’était son grand titre. En clair, qu’Emmanuel Macron s’oriente désormais vers des concertations locales.

« Plusieurs commentateurs, rappelle Libération, plusieurs acteurs syndicaux ou politiques(Berger, Royal, Faure, Hollande, et certains députés LREM) suggéraient de changer de méthode, d’ouvrir une discussion, de chercher un compromis avec cette France levée spontanément pour dénoncer ses conditions de vie et son pouvoir d’achat insuffisant. Il s’agissait, entre autres, d’insérer dans la négociation sociale ceux qui ne se sentent ni écoutés ni représentés. Dix jours plus tard, a constaté Libération, le président de la République se rallie à cette procédure. Il est temps. »

Oui, mais, a reconnu Libération, et « c’est là que le bât blesse : les réponses les plus concrètes sont renvoyées à trois mois, au terme d’une discussion éparpillée destinée à faire retomber la température sans autre concession majeure, par exemple sur une meilleure répartition des richesses et une justice fiscale plus convaincante. Ce report à trois mois peut aiguillonner le mouvement au lieu de le refroidir. »

En fait, a analysé « La Croix », « Emmanuel Macron est confronté à une double difficulté. Il serait facile de céder sur un point de fixation – la fiscalité écologique – comme l’a fait son prédécesseur lors de la mobilisation des Bonnets rouges et d’accorder ainsi une victoire symbolique aux manifestants. Mais, en achetant ainsi une tranquillité immédiate, il affaiblirait gravement un objectif à plus long terme : transformer nos modes de vie pour sauvegarder notre environnement. Le président de la République propose donc, a poursuivi La Croix, de traiter ensemble “fin du monde” et “fin de mois” en tenant au cours des trois mois qui viennent “une grande concertation de terrain sur la transition écologique et sociale”.

Sociologiquement, les manifestants (Gilets jaunes) sont principalement issus des villes périphériques et de la ruralité, et représentent les classes moyennes, ouvriers, petits salariés, indépendants et retraités, se sentant méprisés par des élites urbaines qu’ils estiment déconnectées des territoires.

Sa spontanéité, l’absence d’encadrement partisan, de structure et de revendications claires ont fait que le mouvement, en grande partie provincial et rural, a été analysé comme une jacquerie numérique, c’est-à-dire un mouvement de colère populaire dû à une fiscalité jugée injuste ou mal répartie.

(Visited 20 times, 1 visits today)

commentaires

commentaires