Réouverture du Saint-Sépulcre, après trois jours de bras de fer

01-03-2018 12:07 PM


Le Saint-Sépulcre, le lieu le plus saint du christianisme, a rouvert ses portes mercredi à Jérusalem après trois jours de fermeture dans un bras de fer entamé avec les autorités israéliennes.
Les larges portes en bois ont été ouvertes par deux gardiens et des pèlerins se pressaient pour visiter le site sacré.
Quelques heures plus tôt, le gouvernement de Benjamin Netanyahu avait annoncé la suspension de la collecte des taxes ainsi que de l’examen d’une proposition de loi qui avaient entraîné la colère des Eglises.
Les chefs de ces églises, qui partagent la garde du site, avaient fait fermer dimanche 25 février le Saint-Sépulcre, construit sur les lieux de la crucifixion et du tombeau du Christ.
La mesure n’a que de rarissimes précédents au cours du quart de siècle écoulé et est à la mesure de la crispation qu’entendaient exprimer les chefs des Églises.
Ces derniers dénonçaient la décision récente de la municipalité israélienne de Jérusalem de leur faire payer des impôts sur une partie de leurs biens immobiliers. Les taxes ne portaient pas sur les lieux de culte comme le Saint-Sépulcre, mais sur les biens qui génèrent des revenus, des loyers par exemple.
Les arriérés sont chiffrés par la mairie à quelque 150 millions d’euros. Autant d’argent qui ne financerait plus leurs importantes œuvres sociales, disent les Eglises.
Elles s’insurgeaient aussi contre une proposition de loi qui permettrait à l’Etat israélien d’exproprier des terres vendues par l’Eglise orthodoxe à des investisseurs privés, un texte dans lequel les Eglises voient une atteinte à leurs droits de vente et donc de propriété.
M. Netanyahu et le maire de Jérusalem Nir Barakat se sont entendus sur la création d’un groupe de travail « qui doit négocier avec les Eglises une solution » sur les impôts, ont dit mardi les services du Premier Ministre.
Ce dernier, à la demande des Eglises, a aussi chargé un de ses ministres de se pencher sur la question des ventes de terrains, ont-ils ajouté. En attendant, « toute activité législative sur ce sujet est suspendue ».
La proposition de loi vise selon ses promoteurs à rassurer les habitants de Jérusalem qui craignent de voir les investisseurs auxquels l’Eglise aurait vendu des terres les expulser pour des programmes plus rentables.
Au-delà des impôts et du texte parlementaire, les Eglises s’alarment d’agissements visant selon elles à amoindrir la présence chrétienne à Jérusalem.
Dans une ville comme Jérusalem, proclamée par les Israéliens leur capitale indivisible mais revendiquée par les Palestiniens pour capitale de l’Etat auquel ils aspirent, le soupçon d’hégémonisme au détriment des minorités n’est jamais loin.
Les quelque 50 000 chrétiens de Cisjordanie et de Jérusalem partagent largement avec les musulmans palestiniens une vision nationale de Jérusalem.
Le Saint-Sépulcre se trouve dans la Vieille ville à Jérusalem-Est, annexée par Israël. L’annexion est considérée comme illégale par la communauté internationale.
Les Eglises s’étaient opposées en décembre à la déclaration du président américain Donald Trump reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël.
Les Eglises sentent que les autorités israéliennes, à certains égards, ne respectent pas leur présence en Terre sainte. Dans la déclaration commune des trois églises publiée dimanche, elles insistaient sur deux problèmes distincts. Le premier est celui de la taxation. Elles ne refusent pas de payer des taxes par principe, mais leurs relations avec les autorités sont régies par un statu quo qui remonte à l’époque ottomane et fut tour à tour respecté par les Britanniques, les Jordaniens et l’État d’Israël. Cet arrangement dispose que les églises ne paient pas de taxes sur leurs propriétés car elles remplissent par ailleurs une importante mission sociale. Si certains veulent modifier ce statu quo, il est important que les changements soient compris et acceptés par l’ensemble des parties.
Le second sujet de préoccupation est un projet de loi qui vise exclusivement les terres appartenant aux églises. Son intitulé même témoigne de sa nature discriminatoire.

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