Dans l’intimité du « Tigre »

25-11-2017 02:17 PM


Dans l'intimité du « Tigre »

À Paris, sur la colline du Trocadéro, au 8, rue Benjamin Franklin, un immeuble haussmannien cache l’appartement de cinq pièces où le « Tigre » vécut les trente-cinq dernières années de sa vie, dans la seule compagnie de sa cuisinière et de son valet.
Il s’y installa en 1896, peu après l’affaire de Panama, à la suite de laquelle il perdit son siège de député et c’est là qu’il rendit son dernier soupir le 24 novembre 1929, à 88 ans.
Un lieu de mémoire et d’Histoire
Grâce à James Stuart Douglas, un milliardaire américain grand admirateur du « Tigre », qui racheta l’immeuble tout entier et en fit une fondation privée, on peut encore voir le lieu dans l’état précis où il était au moment de sa disparition. C’est un appartement bourgeois somme toute modeste, sans luxe ostentatoire, rempli des cinq mille ouvrages de la bibliothèque de Clemenceau et de ses collections de bibelots…
On mesure ici la passion de Georges Clemenceau pour la peinture de ses amis Édouard Manet… et surtout Claude Monet, mais aussi pour l’art japonais, représenté par de nombreux objets d’art et bibelots disposés autour de son bureau, notamment des kogos ou boîtes à encens destinées à accompagner la cérémonie du thé. Le « Tigre » en collectionna jusqu’à trois mille dont il fit don en 1908 au musée d’Ennery, une annexe du musée Guimet, sur l’avenue Foch.
Dans le salon où il reçut toutes les sommités de son temps, des gravures attestent aussi de son goût pour la Grèce antique. Rappelons qu’il écrivit une biographie de Démosthène à la fin de sa vie.
Cet appartement est un lieu magique où bruisse l’Histoire de France et du monde : Affaire Dreyfus, « Belle Époque », séparation des Églises et de l’État, Grande Guerre, traité de Versailles…
C’est de là que, devenu journaliste, Georges Clemenceau suivit l’affaire Dreyfus, rédigeant pour la défense de celui-ci 665 articles (près de 3300 pages) entre 1899 et 1903 !
C’est ici qu’il continua à habiter résolument lorsqu’il fut par deux fois nommé président du Conseil, en charge du ministère de l’Intérieur entre octobre 1906 et juillet 1909, puis des Armées entre novembre 1917 et janvier 1920.
Il refusa à chaque fois d’habiter dans les palais officiels car, disait-il « je ne veux pas vivre en meublé ». C’est là aussi qu’il se retira après avoir quitté la vie politique en 1920 et travailla notamment à ses dernières œuvres.
Et sans doute là aussi qu’il reçut quelques-unes de ses nombreuses relations féminines quoique la chambre et le lit n’aient rien pour exciter les sens.
L’appartement donne de plain-pied sur un coquet jardinet, avec vue sur la Tour Eiffel. La visite se prolonge à l’étage supérieur, au musée Clemenceau, où une exposition permet de marcher sur les traces de l’homme d’État, de son enfance vendéenne à sa carrière à multiples rebonds.
On peut voir sa boîte de pistolets avec laquelle il livra plusieurs duels. Sportif, prenant soin de sa ligne mais ne ménageant pas ses efforts, il pratiquait l’escrime et c’était aussi un bon cavalier, ce qui lui valut de séduire aux États-Unis une collégienne qui devint son épouse et lui donna trois enfants… avant de finir seule et répudiée.
Mais partout, dans l’appartement comme dans l’exposition, tout démontre la première passion du « Tigre » : l’écriture ! Resté fidèle à la plume d’oie, il noircissait du papier comme personne. Il lui arriva ainsi, pendant les années difficiles consécutives à l’affaire Panama, de publier une revue dont il écrivait tous le contenu. Mais son rêve inabouti fut la littérature. Quelques romans et une pièce de théâtre, Le voile du Bonheur (1901), ne lui ont pas suffi à accéder à la gloire littéraire.
Georges Clemenceau est né à Mouilleron-en-Pareds, en Vendée, dans la maison de ses grands-parents maternels, sise rue de la Chapelle (!). À proximité se trouve aussi la maison natale du maréchal Jean de Lattre de Tassigny.
Mais le « Tigre » a passé la plus grande partie de son enfance dans le château du grand-père paternel, L’Aubraie, près de la Féole. C’est aussi dans ce château que vécurent plus tard sa femme et ses trois enfants, Madeleine, Thérèse et Michel, pendant que lui oeuvrait à Paris.
Son père lui ayant donné sa part d’héritage par anticipation en vue de combler les dettes de ses journaux, Clemenceau perdit tout droit sur le château, lequel appartient aujourd’hui à la famille de son frère.
Lui-même, en 1920, à la fin de sa vie, loua une modeste maison face à l’océan, à Saint-Vincent-sur-Jard, au lieu-dit Bélébat. Il la réaménagea avec son ami Claude Monet pour en faire sa maison de campagne. C’est aujourd’hui un musée à sa gloire. Enfin, c’est à Mouchamps, dans le petit bois du Colombier, près de son père, qu’il a demandé à être inhumé et qu’il repose depuis lors (en position allongée comme il se doit !).

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