Droite et gauche : des valeurs fluctuantes

15-06-2017 07:49 PM


Droite et gauche : des valeurs fluctuantes

L’affrontement entre la « droite » et la « gauche » est l’essence de la démocratie moderne. En France, plus que dans les autres démocraties, il se nourrit de divergences idéologiques très fortes et néanmoins fluctuantes.
Comme on le verra plus loin, la patrie et la colonisation ont été des marqueurs de la gauche avant d’être tardivement récupérées par la droite et même l’extrême-droite. C’est aussi la gauche qui a traité l’homosexualité comme une maladie ou une tare. Elle s’est également longtemps opposée à l’immigration. Au contraire, la protection de la nature a été d’abord une valeur conservatrice et la peine de mort a été d’abord condamnée par des penseurs de droite…
Chaque fois que l’affrontement droite-gauche s’est exprimé avec clarté à l’Assemblée nationale ou à la Chambre des députés, il a conduit à des réformes efficaces et durables, que ce soit sous la Révolution (1789-1799), exception faite de la brève période de la Terreur (1793-1794), au début de la IIIe République ou sous la IVe République, avant l’affaire algérienne.
Ce clivage, né de la Révolution française s’est diffusé à toutes les démocraties de la planète. Aujourd’hui, après deux siècles d’existence, il est peut-être en train de rendre l’âme, en France et en Europe, bousculé par les enjeux européens et néolibéraux qui fracturent en profondeur les partis traditionnels.
La « droite » et la « gauche » apparaissent en France, très précisément le 11 septembre 1789. Ce jour-là, les députés de l’Assemblée constituante, réunis pour délibérer sur le droit de veto accordé au roi Louis XVI, se répartissent spontanément de part et d’autre du président : à droite, aux places d’honneur, les « monarchiens » désireux d’accorder au roi un droit de veto absolu ; à gauche, les opposants qui veulent limiter dans la durée son droit de s’opposer aux lois.
De cette répartition des députés par affinités datent les clivages entre une droite (réputée réactionnaire ou conservatrice) et une gauche (réputée révolutionnaire ou réformiste) qui rythment aujourd’hui encore la vie politique dans toutes les démocraties.
Dès les débuts de la Révolution, donc, on voit se dessiner le fil conducteur de cet affrontement entre des hommes désireux les uns comme les autres d’assurer le bien-être de leurs concitoyens et la prospérité du pays : d’un côté ceux qui souhaitent améliorer les institutions existantes avec pragmatisme, en s’appuyant sur la tradition, la religion et les lois coutumières ; de l’autre ceux qui appellent à faire table rase du passé et construire un monde nouveau. Ces derniers, qui représentent la gauche, ont pour guide spirituel sous la Révolution Jean-Jacques Rousseau, mort peu avant, en 1778. Robespierre en est un fervent disciple.
Après l’échec de sa fuite à Varennes (21 juin 1791), le roi forme un gouvernement de droite avec des ministres issus du club des Feuillants, partisans d’une monarchie constitutionnelle (comme Lafayette, Barnave, Le Chapelier, La Rochefoucauld-Liancourt…). Mais le 23 mars 1792, il remplace ces modérés par des députés de gauche issus du groupe des Girondins, parce que ces derniers souhaitent comme lui, mais pour des raisons opposées, engager la guerre contre les puissances européennes.
Au sein de la gauche, les Girondins s’opposent à la Montagne et à leur chef Robespierre, qui refuse la guerre et se montre même hostile à la peine de mort. Mais quand le pays sera envahi et la Révolution menacée, Robespierre n’hésitera pas à promulguer la Terreur et la levée en masse.

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