La Communauté Économique Européenne

23-03-2017 01:04 PM


 
Le 25 mars 1957, à Rome, les représentants de six pays jettent les bases de l’Union européenne actuelle. Ce succès résulte de la volonté de paix affichée par les dirigeants de l’après-guerre.
En 1949 était né le Conseil de l’Europe. Il comptait 10 pays européens et avait des ambitions grandioses, mais ses pouvoirs étaient dérisoires et l’Allemagne n’en faisait pas partie.
Jean Monnet, le « Père de l’Europe », fort d’une très longue expérience, propose alors d’asseoir l’intégration européenne sur des réalisations concrètes. Il crée en 1950-1951 la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) avec le soutien de trois leaders démocrates chrétiens : Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide de Gasperi. C’est la première administration supranationale. La Grande-Bretagne s’en tient à l’écart.
Le succès de la CECA suscite un projet d’armée européenne sous le nom de Communauté Européenne de Défense. La CED aurait le double avantage de rapprocher les Européens et de surseoir au réarmement de l’Allemagne. Son échec, en 1954, refroidit les enthousiasmes.
Jean Monnet revient à la charge avec le belge Paul-Henri Spaak. Ensemble, ils suggèrent un rapprochement des industriels impliqués dans l’atome civil. Accessoirement, ils proposent aussi une suppression progressive des barrières douanières…
Le défi européen
L’invasion de la Hongrie par les chars soviétiques le 4 novembre 1956 et, dans le même temps, l’échec piteux de l’expédition franco-britannique à Suez ravivent le besoin des Européens de renforcer leur union pour faire face à l’arrogance des Super-grands (URSS et États-Unis).
Le 25 mars 1957, l’Allemagne, la France, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg signent à Rome le traité Euratom et le traité sur la création d’une Communauté Économique Européenne (CEE).
– Le premier traité accapare tout l’intérêt du public. Il prolonge la CECA en y ajoutant une touche de modernité ! Pourtant, il va s’étioler sans laisser de regret.
– Le second traité, au contraire, fait une entrée discrète. Il est vrai que son contenu demande à être précisé. Mais il va conduire pas à pas à l’intégration économique et politique de l’Europe de l’Ouest.
Ce traité cultive l’ambiguïté en ne se prononçant pas sur le débat essentiellement franco-allemand concernant l’instauration d’un protectionnisme à l’échelon européen (ce que l’on appellera plus tard : « préférence communautaire »). « Quand nous disions qu’il valait mieux, ne serait-ce que pour des motifs de négociation évidents, partir d’un tarif sérieux et obtenir des concessions en contrepartie de la part des autres pays du monde, le professeur Ehrardt, ministre de l’Économie et des Finances de la République fédérale, appuyé sur le succès remarquable de sa politique systématiquement libérale, nous rétorquait que le protectionnisme était un mal en soi, et une baisse de tarifs douaniers un bien en soi, même sans contrepartie négociée… », écrit dans ses mémoires Jean-François Deniau, l’un des négociateurs (L’Europe interdite).
La ratification du traité ne va pas sans difficultés. D’éminentes personnalités s’y opposent, comme le député socialiste Pierre Mendès France qui craint que l’industrie nationale ne supporte pas l’ouverture des frontières et la concurrence allemande. Par contre, plus visionnaire, le général Charles de Gaulle, sollicité par ses proches d’y mettre son veto, refuse. Il écrit en marge du dossier : « Nous sommes forts mais ils ne le savent pas » (sous-entendu : n’ayons pas peur de nous ouvrir à l’Europe).
Le traité de Rome sur la CEE entre enfin en vigueur le 1er janvier 1958. Il instaure un Parlement dont le siège est d’abord fixé à Bruxelles et une Cour de Justice établie à Luxembourg.
Le pouvoir exécutif est confié au Conseil des ministres des pays membres. Mais la mise au point des décisions est déléguée à une Commission Européenne permanente, sise à Bruxelles, et dont l’influence ne va cesser de croître jusqu’à nos jours.
Feuille blanche
À l’instant solennel de la signature du traité de Rome, les ministres européens ne se doutaient pas que celui-ci se résumait pour l’essentiel à une liasse de feuilles blanches.
La veille, les rédacteurs, épuisés, avaient laissé les feuillets épars sur le sol de leur bureau, se réservant de les assembler plus tard. Mais entretemps, les femmes de ménage découvrent le désordre. Zélées, elles jettent les feuilles volantes à la poubelle.
Stupeur des fonctionnaires à la découverte du désastre. Ils courent à la décharge mais ne retrouvent évidemment rien. Comme il est trop tard pour tout réécrire et qu’un report de la signature déshonorerait l’hôte italien, on décide de ne réécrire que les premières et les dernières feuilles du traité, celles qui doivent être paraphées ou signées, en intercalant entre elles une liasse de feuilles blanches.
Pendant toute la cérémonie, les officiels n’auront de cesse d’empêcher journalistes et ministres de feuilleter l’épais registre au risque de découvrir la supercherie.
 
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