L’usine à rêves

09-02-2017 03:38 PM


Dix ans plus tard, le cinéma est déjà le premier divertissement des ouvriers. Bientôt ouvrent les Movie Palaces, plus luxueux les uns que les autres… Léon Gaumont et les frères Pathé fondent les premières sociétés de cinéma du monde cependant qu’aux États-Unis, l’inventeur Thomas Edison tente de s’arroger le monopole de la production.
Les forains et les inventeurs qui, partout en Europe, s’étaient jetés joyeusement dans l’aventure doivent céder la place à des investisseurs avides de profits… un peu comme au tournant du XXIe siècle dans le secteur de l’internet. Des « usines » se montent en diverses villes des États-Unis, où l’on fabrique des films à la chaîne.
La bourgeoisie cultivée est d’abord réfractaire à ce divertissement de foire dans lequel elle voit, comme l’écrivain Georges Duhamel, « une machine d’abêtissement et de dissolution, un passe-temps d’illettrés, de créatures misérables abusées par leur besogne », ou encore un « spectacle d’ilotes ».
Mais grâce au génie visionnaire de Georges Méliès, le cinéma va connaître un essor fulgurant jusqu’à être qualifié de « septième art » (1911) et devenir le principal mode d’expression artistique du XXe siècle et sans doute aussi du XXIe.
Dès 1899, Méliès réalise le premier film politique autour de l’affaire Dreyfus, et en 1901 le premier « docufiction » sur le couronnement du roi Édouard VII, où il mêle le direct et les reconstitutions. L’année suivante, avec Le voyage dans la lune, il réalise le premier long-métrage (film d’au moins soixante minutes). Le succès est planétaire.
En 1903, Edwin S. Porter réalise The Great Train Robbery (Le vol du grand Rapide, 12 minutes). Le succès est une fois de plus au rendez-vous.
Une nouvelle génération se lève dès 1905, avec Max Linder, dont les films loufoques vont inspirer dix ans plus tard Charlie Chaplin (Charlot).
Le culte des « divas » (ou dive, déesses en italien) ou « stars » (étoiles en anglais) naît en Italie, où le cinéma est dès l’origine très créatif, avec de nombreuses évocations historiques, annonciatrices des futurs péplums.
Jusque-là, le vedettariat concernait les comédien(ne)s et ne dépassait pas le public des théâtres. Par la magie du cinéma, il va pénétrer dans toutes les classes de la société, les villes et les campagnes.
Francesca Bertini, née en 1888 à Florence, morte presque centenaire et richissime à Rome, inaugure une lignée de « monstres sacrés » qui n’est pas près de s’éteindre.
Elle débute au cinéma à 16 ans (La dea del mare, 1904) et rencontre la gloire dans les années 1910. Son dernier rôle remonte à… 1976, dans le film 1900 de Bernardo Bertolucci.
Un réalisateur de la Biograph, David W. Griffith, s’en va tourner un film en Californie avec sa troupe, qui inclut une actrice au destin prometteur : Mary Pickford. Il découvre un endroit plaisant près de Los Angeles : Hollywood.
Après plusieurs mois de tournage, il revient sur la côte Est mais son expérience tente d’autres réalisateurs. Et dans les années qui suivent, nombre de producteurs indépendants commencent à installer en ce lieu leurs studios.
En février 1915, Griffith présente la première superproduction de l’histoire : Naissance d’une Nation, l’un des films les plus rentables de l’histoire.
Les réalisateurs américains, portés par leur immense marché intérieur, profitent de l’opportunité pour asseoir leur domination sur le cinéma mondial. Cette domination est toujours aussi forte un siècle plus tard, même si les États-Unis connaissent une éclipse sur la scène géopolitique.
 
 
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