Le salut viendra de l’Enfant

22-12-2016 01:52 PM


A l’occasion des festivités de la Nativité, il serait bon de noter que l’entrée dans l’ère chrétienne a bouleversé la vision portée sur l’enfant. Celui-ci n’est plus un gêneur que l’on abandonne, expose ou sacrifie. Instruits par le Nouveau Testament, le clergé et les élites le regardent désormais, dans sa fragilité et son innocence, comme un préposé au Royaume de Dieu.
Les artistes ne s’y trompent pas en privilégiant les scènes de tendresse entre le fils du Créateur et ses proches.
Jésus lui-même ne cesse de valoriser le jeune âge, synonyme d’innocence : « Laissez venir à moi les petits enfants ! Ne les empêchez pas, car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu » (Évangile de saint Marc, Ier siècle).
Le puer (qui viendrait du latin puritas, « pureté ») est vu comme un être à part, semblable aux anges auxquels il va donner son apparence. Son innocence en fait un intermédiaire tout trouvé entre l’homme et Dieu, et il n’est donc pas étonnant qu’à partir du XIIe siècle le culte de l’enfant Jésus se développe avec le point d’orgue des fêtes de Noël.
C’est aussi à cette époque que l’on s’inquiète du sort des nouveaux-nés non baptisés et donc condamnés à l’Enfer, puisqu’ils sont comme tout un chacun marqués par le péché originel.
Pour éviter cette cruauté, on commence à évoquer les limbes (« bordures »), lieu un peu flou qui leur éviterait les tourments éternels sans pour autant que leur soit accordé l’accès au Paradis. Cette création montre toute la bienveillance accordée à l’enfant au Moyen Âge, même si la réalité était moins douce.
Pour le monde médiéval en effet, l’enfant reste un petit être inachevé qu’il va falloir rapidement modeler. On commence par l’enfermer dans un cocon en l’emmaillotant de la tête aux pieds pour lui éviter toute liberté de mouvement afin qu’il ne déforme pas ses petits membres.
Quelle tranquillité aussi pour les parents ! Et tant mieux si la crasse s’y complaît puisqu’il était entendu jusqu’au XVIIe siècle qu’elle avait un rôle protecteur. On comprend mieux que le taux de mortalité infantile est longtemps resté très élevé et que les familles ne s’attachent guère à ces « pouparts » trop fragiles (dans l’Ancien Régime, un enfant sur quatre meurt dans ses premiers mois et près de la moitié n’atteignent pas l’âge adulte).
« J’ai perdu deux ou trois enfants en nourrice, non sans regrets, mais sans fâcherie » fera dire Molière à son Malade imaginaire, preuve que ce sentiment a longtemps perduré. On ne voit souvent dans l’enfant qu’une source de distraction, un « passe-temps, comme des guenons, non comme des hommes » (Montaigne, Essais, XVIe siècle)…
Un souffre-douleur

« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris » ! Cette exclamation célèbre de Victor Hugo ne s’applique pas à toutes les époques.
Les civilisations de l’Antiquité ont souvent en effet réservé un sort peu enviable à l’enfant. Élevé dans des conditions souvent très dures, il pouvait à tout moment être jeté en sacrifice pour apaiser les divinités courroucées.
« Si un fils frappe son père, on lui coupera la main » (code d’Hammourabi, vers 1750 av. J.-C.). On ne plaisante pas à Babylone avec le respect des aînés ! La société est en effet construite autour de la cellule familiale, elle-même placée sous la toute-puissance du père qui peut même mettre un de ses enfants en gage le temps d’honorer une dette.
Au descendant d’assurer le bien-être de ses parents et le culte de tous les aïeux qui les ont précédés. On retrouve ces mêmes principes sur les bords du Nil où une famille nombreuse était synonyme de bénédiction comme de main-d’œuvre à bon compte.
Mais pour un foyer plein de rires, combien de deuils à traverser ! L’enfant survivant, prénommé « Le garçon que je désirais » ou « La jolie fille nous a rejoints », était allaité jusqu’à 3 ans, arborant pour pallier sa nudité une tresse sur le côté droit de la tête.
Il ne quittait guère alors les épaules de sa mère, au point que le papyrus d’Ani, issu d’une tombe de Thèbes (vers le XIIIe siècle av. J.-C.), appelle à la gratitude pour les bienfaits maternels : « Rends le double de la nourriture que ta mère a donnée, porte-la comme elle t’a porté. Tu as été pour elle une lourde charge, mais elle ne s’est pas lassée. Sa nuque te porta, elle te donna le sein pendant trois ans. Elle ne fut pas dégoûtée de ta malpropreté et ne se découragea pas disant : que faut-il encore faire ? ».
Un souverain tout-puissant : c’est bien ainsi qu’est considéré le père de famille chez les Grecs anciens puisque, comme l’explique Aristote, « l’autorité du père sur ses enfants est royale » (Politique I, IVe siècle av. J.-C.).
L’éducation, selon Périclès, repose sur des principes simples : « Nous combinons l’amour du beau avec la simplicité de la vie, et nous philosophons sans être amollis » (Thucydide, Oraison funèbre de Périclès, IVe siècle av. J.-C.).

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