Rupture, Guerre et Surréalisme en Égypte

08-12-2016 01:11 PM


 
Du 19 octobre 2016 au 16 janvier 2017 se tient une exposition spéciale au Centre Pompidou, Paris, France du groupe Art et Liberté : Rupture, Guerre et Surréalisme en Égypte (1938–1948), qui a rassemblé autour de Georges Henein une constellation d’artistes et écrivains résidant au Caire dans les années 1930 et 1940.
Fondé le 22 décembre 1938 à l’occasion de la publication du manifeste “Vive l’art dégénéré“, le groupe Art et Liberté a fourni à une jeune génération d’artistes, d’intellectuels et d’activistes une plate-forme hétérogène propice à de nombreuses réformes culturelles et politiques.
Plus d’une centaine de tableaux, d’œuvres sur papier, de photographies et de documents d’archives ont été empruntés à plus d’une cinquantaine de collections publiques et privées. Une exposition qui met en lumière le paradigme surréaliste dans toute sa complexité́, autour du groupe Art et Liberté.
Le groupe Art et Liberté́ a permis à une jeune génération d’artistes, d’intellectuels et d’activistes (liés à la mouvance surréaliste) d’être les acteurs de changements culturels et politiques.
Les membres du groupe ont joué un rôle actif au sein d’un réseau international dynamique d’intellectuels et d’artistes liés à la mouvance surréaliste.  Sur invitation de Catherine David, directrice adjointe du musée national d’art moderne en charge de la recherche et de la mondialisation, les commissaires indépendants Sam Bardaouil et Till Fellrath / Art Reoriented, ont rassemblé les résultats de cinq années de recherches approfondies et de centaines d’entretiens menés sur le terrain en Égypte et dans de nombreux autres pays. Ils ont sélectionné près de 130 tableaux, œuvres sur papier et photographies datant de la fin des années 1920 au début des années 1950, ainsi qu’un grand nombre de documents d’archives (photographies historiques, séquences de films et premiers manuscrits jamais exposés auparavant). Ces œuvres d’art pour beaucoup inédites, ont été patiemment empruntées à plus d’une cinquantaine de collections publiques et privées en provenance d’Égypte et de onze autres pays.
Le langage du groupe vint bousculer le canon littéraire et pictural d’un mouvement perçu en crise d’orientation. Cette appropriation du surréalisme traduit la position centrale acquise par le groupe au sein d’un réseau fluide et multipolaire renforcé par les exodes de la Seconde Guerre mondiale. Leur internationalisme se joua des frontières physiques et politiques jusqu’à inclure une plus jeune génération de créateurs s’étant saisis du modernisme dans une perspective aussi bien locale que globale.
Une voix masculine gutturale vous salue, évoquant Le Caire de 1938, une ville bouillonnante et tumultueuse au bord du bouleversement social que la Deuxième Guerre mondiale apportera. L’Égypte était alors un pays tirant à la laisse de ses maîtres coloniaux, le fascisme était à la hausse, comme on parlait d’une nouvelle forme possible de l’autonomie gouvernementale. Mais pour de nombreux artistes locaux et étrangers, écrivains, cela a suscité des inquiétudes.
La voix est celle du poète égyptien, écrivain et militant Anwar Kamel. En entrant dans la galerie via un atrium avec des photographies en noir et blanc de taille murale et des documents de 80 ans, sa voix fournit le cadre. Malade des obstacles créés par une vision politisée des arts, Kamel et son frère Fouad, ainsi que leurs collègues artistes et écrivains Georges Henein et Kamel El-Telmissany, ont créé un schisme avec leur création du groupe Art et Liberté et son manifeste Vive L’Art Dégénéré.
Comblée par Sam Bardaouil et Till Fellrath et cinq ans en devenir, Art et Liberté: Rupture, Guerre et Surréalisme en Egypte (1938-1948) a capturé l’esprit de l’ère à travers le travail de 37 artistes et autour de 130 peintures, des œuvres sur papier, Des photographies, des séquences de films et des documents d’archives. Organisée thématiquement, la section «Réalisme subjectif» s’est concentrée sur la recherche du Groupe d’un milieu entre la libération artistique et la responsabilité sociale. Il en est résulté un langage unique et localement pertinent à l’échelle internationale.
La peinture “Coups de Bâtons”, de l’artiste grec-égyptien Mayo, l’illustre habilement. Représentant la brutalité policière au milieu des manifestations étudiantes, les corps sont déconstruits en formes violentes, géométriques et abstraites qui reflètent le choc des classes sociales de plus en plus aliénées.
Plusieurs membres féminines, dont Marie Cavadia, Lee Miller et Amy Nimr, ont tissé des liens internationaux entre le groupe et ses contemporains. Cependant, un afflux de 200.000 soldats en Égypte a entraîné une prostitution généralisée et la pauvreté et des peintures comme “Sans titre” (blessures) de Kamel El-Telmissany (1940) se lamentent, montrant des femmes littéralement crucifiées par circonstance. La peinture sans titre de 1939 de Ramsès Younane dépeint une déesse battue, une Egypte brisée, dans laquelle les idéaux pharaoniques sonnent creux.
Le groupe Art et Liberté apparut sur la scène artistique cairote alors qu’y existait déjà une véritable pratique de l’exposition. Celle-ci se manifestait chaque année par l’organisation du salon du Caire, événement organisé par la très conservatrice Société des amis de l’art qui bénéficiait du soutien de l’État égyptien. L’exposition de 1927 attira par exemple jusqu’à 55 000 visiteurs. Fortement empreintes de l’idéologie nationaliste, ces manifestations instaurèrent une hiérarchisation des artistes selon leur nationalité. Dans la droite ligne du surréalisme, Art et Liberté refusa cette confusion entre art et politique, tout autant que l’idée d’un art qui se contenterait de ne reproduire que les mêmes allégories et métaphores artistiques sans formuler de nouvelles propositions. Quelques-uns des écrits les plus controversés du groupe Art et Liberté critiquèrent ainsi vivement les artistes pratiquant cette forme d’art et qui incarnaient aux yeux du groupe une norme à renverser.
 
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