Le chat, notre ami félin

08-12-2016 01:10 PM


Comme tous les animaux, le chat a une histoire, assortie de légendes noires ou dorées, nourries de ses relations avec l’homme. Ce petit félin a également une préhistoire, bien plus ancienne que celle de l’homme, et il en garde la mémoire.
Les initiés prêtent volontiers sept vies au Chat, voire neuf. C’est dire la richesse et la complexité du personnage !

Il était une fois… Il y a cinquante millions d’années

Le chat a conquis la Terre il y a 50 millions d’années. À cette époque reculée, il était déjà ce petit carnivore au corps élancé et à la longue queue si familier.
Nos propres ancêtres, les premiers hominidés, ne sont apparus que quarante millions d’années plus tard. Le genre Homo arrive il y a 3 millions d’années, avec une lente évolution marquée par les outils de plus en plus perfectionnés dont il se sert au cours des trois Âges – de pierre, de bronze et de fer. Homo sapiens, notre ancêtre direct, est apparu il y a à peine 200 000 ans.
L’homme et le chat, qui ne partagent guère de points communs, vont pourtant se rencontrer vers 7 500 avant J.-C. Commence alors l’« âge du chat » domestique.
Un fait remarquable est que le chat garde la mémoire de cette vie d’aventure. S’il dort au minimum 16 heures sur 24, ce n’est ni par paresse, ni par faiblesse, mais pour être toujours en pleine forme si on l’attaque, se réveillant en une fraction de seconde.
Il recouvre ses excréments de terre ou de litière, non par souci de propreté, mais pour dissimuler sa trace à l’ennemi ancestral. Il hérisse son poil pour paraître plus gros que nature, face aux autres félins ou prédateurs supérieurs en poids. Il rêve en grondant, vibrant de tout son être, en souvenir de chasses et de combats préhistoriques.
Armé d’une gueule carnivore aux douze incisives et de quatre pattes aux griffes rétractiles, ce guerrier poids léger fait reculer des molosses, au nom de la lutte des races toujours d’actualité entre chiens et chats. Tout cela vaut même pour le plus pacifique de nos minets domestiques – un sauvage, malgré tout.

L’Âge d’or du chat

Soucieux de son confort, le chat a élu territoire auprès de l’homme qui, séduit par son minois et son efficacité, le désigne volontiers par l’onomatopée « miaou », d’où dérive le verbe miauler. Mais l’animal restera toujours un peu sauvage ! Il est impossible de le dresser comme le chien ou le cheval, et avec lui, n’existe aucune relation de domination-soumission. L’homme peut simplement mettre à son service ses qualités innées de chasseur et l’accueillir en sa maison pour le plaisir partagé.
La première domestication remonte au IVe millénaire avant J.-C. Elle concerne le chat sauvage d’Afrique (Felis Libyca) cousin de l’Abyssin actuel. C’est un parfait chasseur en tenue de camouflage et grand amateur de petits rongeurs.
Les paysans égyptiens l’emploient pour protéger les silos à grain où ils entreposent les récoltes de blé, ressource vitale pour ce peuple de laboureurs. Il chasse aussi les vipères à cornes et sécurise les alentours du foyer où il est désormais le bienvenu, à côté du chien jaune et des petits singes verts.
Il se révèle si utile qu’il ne tarde pas à être divinisé. Un cas unique dans l’Histoire. La divinité Bastet, représentée sous la forme d’une chatte ou d’une femme à tête de chat, incarne la fécondité, la joie et la beauté.
Elle cohabite dans le panthéon égyptien avec le taureau Apis, symbole de puissance sexuelle, le bélier Amon, associé au soleil, le chien ou chacal Anubis qui préside aux funérailles, le serpent Apophis qui lutte avec le soleil etc. 
Animal sacré entre tous, le chat fait l’objet d’un culte particulier à Bubastis, capitale régionale du delta du Nil. À lui la plus joyeuse fête du calendrier égyptien et le plus beau temple ! Dans son enceinte, une foule de chats sacrés et de prêtres chats vivent en meute et se reproduisent à l’envi, respectés, comblés d’offrandes, mais exposés à des sacrifices périodiques – on choisit de préférence des chatons, dûment bénis, momifiés, puis vendus comme reliques sacrées. La ville fait aussi commerce de statuettes et d’amulettes.
Hérodote décrit les festivités qui entourent la déesse : « Péniches et bateaux de toutes espèces, remplies d’hommes et de femmes, flottaient tranquillement le long du Nil. Les femmes jouaient de la musique sur des cymbales et des tambourins et celles qui n’avaient pas d’instruments les accompagnaient avec des battements de main et des danses. Du vin de la vigne était bu en quelques jours plus que dans tout le reste de l’année. Tel était ce festival et, dit-on, pas moins de sept cent mille pèlerins célébraient la fête de Bast, en même temps ». On a cru que le « père de l’Histoire », témoin de l’événement au IVe siècle avant J.-C., avait grossi le nombre de pèlerins pour en exagérer l’importance, mais des fouilles récentes font justice à l’historien grec.
Les pharaons édictent des lois protectrices des chats, incarnations de Bastet : un homme qui tue un chat, même par accident, risque la peine capitale ! Les chats sont par ailleurs surprotégés : « Lorsqu’il survient un incendie, il arrive à ces animaux quelque chose qui tient du prodige. Les Égyptiens, rangés par intervalles, négligent de l’éteindre, pour veiller à la sûreté de ces animaux; mais les chats, se glissant entre les hommes, ou sautant par-dessus, se jettent dans les flammes. Lorsque cela arrive, les Égyptiens en témoignent une grande douleur » (Hérodote) 
Les pharaons édictent des lois protectrices des chats, incarnations de Bastet : un homme qui tue un chat, même par accident, risque la peine capitale ! Les chats sont par ailleurs surprotégés : « Lorsqu’il survient un incendie, il arrive à ces animaux quelque chose qui tient du prodige. Les Égyptiens, rangés par intervalles, négligent de l’éteindre, pour veiller à la sûreté de ces animaux; mais les chats, se glissant entre les hommes, ou sautant par-dessus, se jettent dans les flammes. Lorsque cela arrive, les Égyptiens en témoignent une grande douleur » (Hérodote) (*).
Momie d’un chat, Antiquités égyptiennes, musée du Louvre, Paris.Si grande est la vénération de l’animal qu’à sa mort, son maître se rase les sourcils en signe de deuil pendant soixante-dix jours, soit le temps de la momification. Plus la famille est riche, plus les funérailles sont pharaoniques et le sarcophage somptueux. Des souris embaumées accompagnent le défunt dans son autre vie pour le rassasier et le divertir.
À la fin du XIXe siècle, on a découvert à Tell Basta (ex-Bubastis) 300 000 momies de chats : corps cernés de bandelettes colorées, face couverte d’un masque où se devinent les yeux, les oreilles et les vibrisses ou moustaches (…).
Après le meilleur, le chat va connaître le pire. À l’évidence, cet animal suscite adoration ou haine, mais jamais indifférence.

Malheur aux chats noirs

Au Moyen Âge comme à la Renaissance, le chat garde une réputation de surnaturel héritée des cultes égyptiens. Mais son mystère et sa beauté sont interprétés comme autant de marques démoniaques.
Les procès d’animaux sont dans les mœurs du temps, mais le cas du chat est particulier. Il n’est pas jugé pour tel ou tel méfait, supposé ou réel. Symbolisant le Diable, il est fatalement criminel…
Et haro sur le chat noir ! Compagnon des sorcière ou diable incarné, c’est la principale victime de ce racisme religieux ! Brûlée dans les bûchers, crucifiée aux portes des maisons, noyée par sacs entiers, la race a quasiment disparue.
« Je suis le diable »
« Je suis le diable. Le diable ! Personne n’en doit douter. Il n’y a qu’à me voir d’ailleurs. Regardez-moi, si vous l’osez ! Noir, d’un noir roussi par les feux de la géhenne. Les yeux verts poison, veinés de brun, comme la fleur de la jusquiame. J’ai des cornes de poils blancs, raides, qui fusent hors de mes oreilles, et des griffes, des griffes, des griffes ! Combien de griffes ? Je ne sais pas. Cent mille, peut-être. J’ai une queue plantée de travers, maigre, mobile, impérieuse, expressive – pour tout dire, diabolique. Je suis le diable, et non un simple chat », Colette, La Paix chez les bêtes (1916).
Noirs ou pas, les chats participent aux feux de la Saint-Jean. Le roi Louis XI va lui-même allumer les fagots où sont jetés les chats, criant et se démenant comme des diables, enfermés dans leurs sacs. La scène se passe à Paris, place de Grève : le peuple raffole du spectacle (…).
 
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