Trois journées particulières

15-12-2011 09:06 AM


 A l’occasion de la création de 24 nouveaux cardinaux, Benoît XVI a  réuni autour de lui, le vendredi 19 novembre, le collège cardinalice.
On les dit « princes de l’Église ». Ces « robes rouges » forment, dit-on, son « Sénat ». Ils étaient, du vendredi 19 au dimanche 20 novembre, 203 cardinaux réunis autour du pape, dont 121, âgés de moins de 80 ans, donc électeurs en cas de conclave. En réalité, ces trois journées particulières, présidées de bout en bout par Benoît XVI, se sont déroulées à Rome selon un ordre du jour bien éloigné des critères politiques, médiatiques ou managériaux en usage dans le monde.
Le vendredi, Benoît XVI a  réuni  d’abord, au premier étage de l’immense et moderne « Aula Paul VI », dans l’amphithéâtre de la salle du synode, qui vit se dérouler la récente assemblée pour le Moyen-Orient, l’ensemble de « ses » cardinaux, incluant les vingt-quatre qui ont été  officiellement créés le lendemain dans la basilique Saint-Pierre. Ce « sommet » était en fait, selon l’intitulé officiel, une « journée de prière et de réflexion ».


Le 23 mars 2006 et le 23 novembre 2007, à la veille des précédents consistoires, Benoît XVI avait déjà réuni ceux qu’il nomme les « plus proches conseillers et collaborateurs du successeur de Pierre comme guide de l’Église ». En son temps, Jean-Paul II avait déjà déclaré : « Il n’est pas normal que les cardinaux ne se réunissent que pour élire le pape. Il est bon qu’ils puissent travailler en présence d’un pape vivant ! » A 9 h 30, ils ont récité l’office du jour, puis les travaux ont  débuté sur deux sujets sensibles et chers à Benoît XVI : la liberté religieuse et la liturgie.
S’exprimer librement
À l’issue de chaque intervention, les cardinaux pouvaient s’exprimer librement, par oral, dans la langue de leur choix, sans limite de temps. En présence du pape, s’est joué là un acte important de la vie de l’Église. Pas de vote, pas de décision, pas d’annonce, mais une écoute partagée, selon le canon 349 du code de droit canonique : « Les cardinaux assistent le pontife romain en agissant collégialement  pour traiter de questions de grande importance  dans le soin quotidien de l’Église tout entière. ».


Beaucoup des cardinaux présents se souvenaient avec émotion du talent avec lequel le cardinal Ratzinger, alors doyen de leur Collège, avait présidé, en prélude au conclave de 2005, les « congrégations générales », ces échanges informels préparatoires à l’élection du pape. Il ne s’agit donc pas d’une réunion des cardinaux chefs de dicastère – le « gouvernement » de l’Église, plus opérationnelle et décisionnelle : cette année, le pape ne les a réunis qu’à deux reprises, le 22 janvier et le 12 novembre.
Au plus haut niveau de l’Église, les occasions de véritable travail en commun sont donc rares. En l’absence de « conseil des ministres » ou de « conseil de cabinet » réguliers, Benoît XVI privilégie les rencontres bilatérales avec ses collaborateurs. « Nous nous voyons peu ensemble », confient plusieurs cardinaux. D’où l’attente portant sur cette journée de vendredi, de 17 heures à 19 heures, trois sujets, et non des moindres, furent traités : mécaniquement, le temps de débat fut très bref. Plus qu’un échange, il s’agissait plutôt d’un état des lieux. 
24 nouveaux cardinaux
Le samedi, à 10 h 30 dans la basilique Saint-Pierre, lors d’une célébration de la Parole, Benoît XVI, après avoir entendu leur profession de foi et leur serment de fidélité, a remis la barrette cardinalice pourpre à chacun des 24 nouveaux cardinaux, à genoux devant lui. Ensuite, de 16 h 30 à 18 h 30, se sont déroulées, dans les salles magnifiques du palais apostolique, les « visites de courtoisie ».
Elles sont très prisées des romains, qui peuvent ainsi, occasion unique, accéder librement au palais du pape. Chaque nouveau cardinal s’ est vu assigner une salle (« Royale », « des Bénédictions », « Ducale »…) pour recevoir les félicitations de ses nouveaux paroissiens romains, puisque chacun d’entre eux est nommé au titre d’une paroisse romaine signifiant ainsi qu’ils entourent le pape en tant qu’évêque de Rome.


Le dimanche, à 9 h 30, une concélébration eucharistique  a réuni, à nouveau en la basilique Saint-Pierre, tous les cardinaux autour du pape. Et celui-ci leur a remis à chacun leur anneau cardinalice en signe de communion. Jean-Paul II, s’est souvenu le cardinal français Paul Poupard, avait fait porter, la nuit précédant une telle liturgie, tous les anneaux cardinalices sur la tombe de Pierre. Là, jusqu’au matin, l’esprit du premier apôtre avait veillé sur le destin de l’un de ses successeurs…
Les cardinaux choisis pour collaborer à la mission papale
Le pape distingue certains évêques en leur conférant le titre de cardinal. Les cardinaux reçoivent la mission de collaborer à la mission papale : ils participent étroitement au travail de la Curie romaine et se réunissent en assemblées consultatives à la demande du pape. A la mort du pape, l’élection de son successeur est réservée aux cardinaux.
Aujourd’hui, les cardinaux sont des évêques, choisis par le pape parmi les évêques catholiques du monde entier, pour élire son successeur (l’élection du pape est réservée aux cardinaux depuis 1059) et pour collaborer à la mission papale. Les cardinaux forment un Collège que le pape convoque afin d’examiner avec lui des questions particulièrement importantes pour l’Église. On désigne ces assemblées consultatives présidées par le pape par le terme de “Consistoire”. En outre, sur nomination du pape, chaque cardinal est membre d’un Dicastère de la Curie romaine. Ainsi, la contribution que les cardinaux apportent à la mission papale est à la fois collégiale et personnelle.
Le titre de cardinal est porté à vie, mais l’activité des cardinaux est soumise à des limites d’âges. La direction d’un  dicastère cesse à 75 ans révolus, mais le pape peut choisir de prolonger la mission de ses plus proches collaborateurs, comme ce fut le cas avec le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. A 80 ans révolus, un cardinal ne peut plus être membre d’un Dicastère, ni participer à l’élection du prochain pape. Le nombre des cardinaux électeurs a été fixé à 120 par Paul VI. Autrefois, les cardinaux étaient choisis parmi les diacres et les prêtres du clergé romain, tandis que les évêques des diocèses voisins de la ville de Rome étaient appelés à assister le pape dans sa mission de gouvernement de l’Église universelle. Ce passé a laissé une empreinte avec la répartition actuelle du Collège des cardinaux en trois ordres : diaconal, presbytéral et épiscopal. Symboliquement, les cardinaux-diacres et les cardinaux-prêtres se voient attribuer l’une des églises de Rome, et les cardinaux-évêques l’un des diocèses des environs de Rome, d’où leur qualificatif de cardinaux suburbicaires (“autour de la ville” [de Rome]). Le Doyen du Collège des cardinaux est toujours un cardinal-évêque élu par les cardinaux de l’ordre épiscopal. Le Doyen joue un rôle particulièrement important pendant la vacance du Siège apostolique.
   un Egyptien au collège cardinalice Le 20 novembre 2010, Monseigneur Antonios Naguib, Patriarche d’Alexandrie, a été créé Cardinal de la Sainte Eglise Catholique par le Pape Benoît XVI. L’Eglise Copte Catholique se réjouit de cette nomination qui rend compte de son identité profonde.
Elle est tout à la fois catholique, c’est-à-dire universelle, et copte, c’est-à-dire égyptienne par ses origines, arabe par sa langue et orientale par son rite.
Les années de formation
Antonios Naguib est né à Miniah, en Haute-Egypte, le 18 mai 1935. Ses parents, profondément religieux, lui apprirent dès son plus jeune âge à connaître et aimer le Seigneur. A neuf ans, il entra au Petit Séminaire où il resta jusqu’à la fin de ses études secondaires. Il choisit alors de rejoindre le Grand Séminaire pour y approfondir sa vocation et y parfaire sa formation. Le 30 octobre 1960, il fut ordonné prêtre. Il débuta son ministère en paroisse, à el-Fikriah, dans le diocèse de Miniah, puis partit pour Rome où il étudia la théologie, la sociologie religieuse et la Bible à l’Institut Biblique Pontifical.
La passion de l’éducation
De retour en Egypte, il enseigna de 1964 à 1977 l’Ecriture Sainte au Grand Séminaire de Méadi au Caire. Durant cette période, il mena une vie retirée, partageant son temps entre enseignement et recherche, inspirée par une double ambition scientifique et pastorale. Intégrant dans son approche critique les dernières découvertes de l’exégèse, il étudiait sans relâche la Bible. Il nourrissait ses analyses d’échanges fructueux avec les spécialistes des autres confessions, ouvrant ainsi à l’œcuménisme de nouvelles perspectives. Ses étudiants furent les premiers bénéficiaires de ses travaux qui les guidaient dans la lecture de l’Ecriture Sainte, les amenaient à une meilleure intelligence de la Parole et les préparaient à mieux l’annoncer à leurs frères. En rupture avec la culture ambiante qui, à la manière coranique, prend les textes à la lettre sans jamais les replacer dans leur contexte, il apprit à dépasser les données conjoncturelles pour rejoindre l’Esprit qui vivifie. Le Père Antonios Naguib était un pédagogue hors pair qui avait l’art d’énoncer avec clarté les concepts les plus complexes, d’unir esprit d’analyse et de synthèse. Il était admirable et cependant il n’intimidait pas. Il savait être proche de tous et toujours disponible. Qui allait vers lui avait la certitude, quelles que fussent ses difficultés et ses insuffisances, d’être accueilli avec bonté et patience. Il accompagnait ses séminaristes jusqu’au sacerdoce et bien au-delà.
L’évêque de Miniah
Le 9 septembre 1977, le Père Naguib prit congé du séminaire et devint évêque de Miniah. Parmi les trois devoirs du prêtre tels que les identifie la Tradition-enseigner, sanctifier et gouverner- Monseigneur Naguib avait jusqu’alors consacré l’essentiel de son temps aux deux premiers. Il lui fallait désormais s’attacher à la gouvernance, dans l’esprit du verset aux Ephésiens qu’il choisit pour maxime : « Faire la Vérité avec Charité ». Son intelligence des êtres et des situations lui permit de négocier sans trop de difficulté avec le pouvoir. Il put ainsi acheter des terrains, y faire construire pour chaque paroisse un centre de catéchèse et, si nécessaire, une école ; de la même façon il s’impliqua dans le développement économique et social de son diocèse. Fervent partisan du dialogue interreligieux, il s’employa en outre à tisser avec les musulmans des relations empreintes d’estime et de fraternité. Homme de paix, il eut aussi à cœur d’œuvrer pour l’unité avec ses frères orthodoxes et protestants. Il travailla en étroite collaboration avec eux à la réalisation d’un projet auquel il songeait depuis longtemps déjà : mettre la Bible à la portée de tous en en proposant une traduction plus simple, plus accessible aux néophytes. Sur le plan pastoral, il fit de l’éducation son cheval de bataille. Convaincu que, pour résister à la double influence du contexte islamique et des médias laïques, il faut avoir des bases religieuses solides, il s’employa à développer un réseau catéchétique de qualité. Dans cet engagement éducatif, il tint à associer étroitement les laïcs, les prêtres, les religieux et les religieuses, invités les uns et les autres à approfondir leur formation. Dans ce but il rédigea pour la revue El-Salah, une série d’articles intitulés : « Comprends-tu ce que tu lis ? ».
Une courte retraite
En septembre 2002, de graves problèmes de santé l’amenèrent à se retirer de sa charge. Il subit une lourde opération et, peu à peu, recouvra ses forces. Il se préparait à vivre une paisible retraite dédiée, selon ses vœux, à l’étude, à la méditation et à la prière quand le Seigneur vint le rechercher.
Le Patriarche d’Alexandrie
Le 30 avril 2006, le Synode Copte Catholique élut Monseigneur Naguib Patriarche d’Alexandrie. Son élection fut confirmée par Benoît XVI après qu’il lui eût demandé, comme le veut la tradition, la communion ecclésiale, signe de l’unité de son Eglise avec le Saint Siège. Succédant au Cardinal Stéphanos II Ghattas, Sa Béatitude Antonios Naguib devint le père et le chef de l’Eglise Copte Catholique d’Alexandrie, siège prestigieux, honoré au cours des cinq premiers siècles comme premier patriarcat après Rome. Il conserva son nom qui rappelle le grand courant du monachisme né en Egypte et dont Saint Antoine fut le père. Monseigneur Naguib n’avait sans doute jamais souhaité pareille distinction, mais il ne se déroba pas. Dès l’enfance, il avait appris de la Vierge Marie, à laquelle l’Eglise Copte voue une vénération toute particulière, la grandeur du consentement, du « FIAT » haut et clair (Lc 1, 38). Il s’y référa dans le discours d’intronisation qu’il prononça le 1er mai 2006 en la cathédrale Notre Dame d’Egypte du Caire. Il revint donc aux affaires de l’Eglise et assume depuis lors les trois fonctions essentielles qui sont attribuées au Patriarche : celle d’abord de coordonner et d’animer l’Eglise et ses sept diocèses ; celle ensuite qui lui incombe en tant qu’évêque du patriarcat d’Alexandrie, lui-même composé des trois diocèses du Caire, du Delta du Nil et d’Alexandrie ; celle enfin de présider la hiérarchie catholique des évêques en Egypte. Dans ses nouvelles fonctions, Sa Béatitude poursuit son combat pour le développement et l’éducation : éducation humaine, spirituelle, morale et intellectuelle des jeunes de toutes religions, de toutes confessions, seul gage d’une convivialité à réinventer en ces temps troublés. Il veille par ailleurs avec un soin tout particulier à ce que s’intensifie la formation des prêtres appelés à enraciner toujours plus profondément leur vie et leur mission dans le Christ. Sa Béatitude est véritablement le bon pasteur de ses fidèles. Il est le père, le frère, l’ami de ses prêtres qu’il traite avec une extrême délicatesse, les conseillant dans les difficultés, les accompagnant dans les souffrances. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Cette douceur n’exclut pas l’exigence. Sa Béatitude nourrit pour son petit troupeau la plus haute ambition : elle le veut tout à Dieu.
Le Cardinal de l’Eglise Universelle
Le 20 novembre 2010, alors que s’est refermé le synode pour les évêques du Moyen-Orient où, par son esprit d’analyse, son sens de la mesure et son ouverture, il a joué un rôle déterminant en tant que rapporteur général, il a été créé cardinal par le pape Benoît XVI. Cette nomination souligne que, si le patriarche de chaque Eglise Catholique Orientale est la tête de cette Eglise, il n’en reconnaît pas moins la primauté hiérarchique du Pape de Rome, à l’élection duquel il participe de droit.
Sources  Journal La croix  Magazine France catholique  Site de  l’Eglise copte catholique 

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