Trois films français à la Palme d’or

15-12-2011 09:05 AM


Sélectionnés pour le 63e Festival de Cannes, les réalisateurs Mathieu Amalric, Xavier Beauvois et Bertrand Tavernier peuvent désormais lorgner la Palme d’or, tout comme Alejandro González Iñarritu, Mick Leigh, Takeshi Kitano et Doug Liman.


La France est le pays le plus représenté. Elle est le pays ayant le plus de films en compétition : le vétéran Bertrand Tavernier revient pour la première fois depuis 1990 avec “La Princesse de Montpensier” ; Xavier Beauvois, pour la dernière fois en compétition en 1995, présentera “Des Hommes et des dieux”; et le chouchou des critiques, l’acteur Mathieu Amalric, sera pour la première fois en compétition en tant que réalisateur avec “Tournée”.
 Ci – dessous la présentation des films français du Festival de Cannes 2010, en compétition .


“La Princesse de Montpensier” de Bertrand Tavernier



 Commençons par Bertrand Tavernier et sa “Princesse de Montpensier”, un film librement inspiré du roman éponyme de ” Madame de la Fayette ” qui suit le destin de Marie de Mézières (Mélanie Thierry) contrainte d’épouser le prince de Montpensier (Grégoire Leprince- Ringuet), bien qu’elle soit éprise depuis toujours du duc de Guise (Gaspard Ulliel). Lambert Wilson, Michel Vuillermoz, Jean-Charles Malclès, Julien Guiller, Mathieu Lourdel  font également partie de la distribution. Un synopsis et un casting très prometteurs!
Ce long-métrage marque le retour en France de Bertrand Tavernier après sa première expérience américaine à travers le thriller ” Dans La Brume électrique “, présenté à la Berlinale 2009.
C’est Jean Cosmos, le scénariste attitré de Bertrand Tavernier qui signe le scénario. La production est assurée par Laurent Brochand (Le coach) et le film sera distribué  par Studio Canal.
Ce film a été tourné (automne 2009) en Auvergne et principalement au château de Messilhac ainsi qu’au château de Meillant dans le Cher.
Ce sera la quatrième fois que Bertrand Tavernier viendra à Cannes avec un film en compétition, reparti avec le prix du meilleur réalisateur pour ” Un dimanche à la campagne ” en 1984. Une sélection en compétition qui est déjà une victoire étant donné les problèmes financiers connus lors du tournage.


 


Des hommes et des dieux ” de Xavier Beauvois


 Un monastère au milieu des montagnes dans un pays du Maghreb, dans les années 1990… Huit moines cisterciens français vivent en harmonie avec la population musulmane. Ils sont proches des villageois et partagent avec eux fêtes et labeur, leur dispensant au quotidien les soins médicaux dont ils ont besoin. Un jour, dans cette région, des ouvriers étrangers sont massacrés par une trentaine d’hommes armés. La panique s’empare des habitants. L’armée tente d’imposer aux moines une protection renforcée mais ces derniers refusent. Peu de temps après, les moines reçoivent la visite des intégristes qui revendiquent le massacre. Christian, le frère prieur de la communauté, s’oppose à Ali Fayattia, le chef des hommes armés. Par son sang-froid et ses paroles, Christian parvient à les faire partir. Mais le doute s’installe chez les moines. Certains veulent quitter le monastère ; d’autres insistent pour rester. Christian propose à tous un temps de réflexion avant de prendre une décision collective. Les moines tentent de continuer à vivre comme avant, mais l’atmosphère devient chaque jour plus lourde. Eux-mêmes sont amenés à soigner certains terroristes, ce qui provoque la colère des autorités. Ces dernières tentent alors de faire pression pour forcer les religieux à rentrer en France. Christian décide d’organiser un nouveau vote à main levée : cette fois, les moines décident à l’unisson de rester coûte que coûte…
  C’est Lambert Wilson qui interprétera le leader de ces moines.
 Le film évoque donc  en réalité l’enlèvement,  en 1996, pendant la guerre civile algérienne, de sept moines trappistes de Tibbhirine. Ceux-ci furent retrouvés assassinés deux mois plus tard. Ce massacre fut longtemps attribué au Groupe Islamiste Armé avant qu’un général français à la retraite n’évoque une bavure de l’armée algérienne. En effet, depuis un hélicoptère, l’armée algérienne aurait mitraillé un camp en pensant qu’il s’agissait d’un repère du GIA avant de décapiter les cadavres pour qu’on croit cet assassinat commis par des terroristes.
Casting: Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Sabrina Ouazani, Olivier Rabourdin, Philippe Laudenbach, Roschdy Zem…
Un sujet donc difficile et courageux. Ainsi, pour des raisons de sécurité, le tournage n’a pas eu lieu en Algérie mais au Maroc.
 C’est le décorateur césarisé d'” Un prophète “, Michel Barthélémy qui a ainsi reconstitué le monastère.
C’est 15 ans après avoir obtenu le prix du jury pour “N’oublie pas que tu vas mourir” que Xavier Beauvois revient sur la Croisette. Un sujet dont l’exigence pourrait lui valoir les faveurs du jury qui, depuis quelques années, affectionne ce type de sujet.



 “Tournée” de Mathieu Amalric


 Après Bertrand Tavernier et sa “Princesse de Montpensier”, Xavier Beauvois et “Des hommes et des dieux”, c’est donc au tour de Mathieu Amalric pour “Tournée”.


Avec l’histoire d’un producteur français lessivé (interprété par Amalric lui-même), qui décide de partir en tournée avec une troupe de danseuses américaines délurées, Mathieu Amalric signe un film attachant. Les coulisses du spectacle regorgent de grivoiseries et de questions existentielles sur l’art, la liberté et les liens familiaux. Amalric, pourtant au centre du film en tant qu’acteur, détourne la lumière de lui-même pour se concentrer sur ces performeuses américaines, qui exercent le métier d’effeuilleuse à l’écran et dans la “vraie vie”. Sous l’œil de Mathieu Amalric, ces silhouettes enrobées, surnommées “Kitten”, “Keys” et “Dirty Martini” se révèlent être des bombes cinématographiques : charnelles, débordantes de bagout et d’esprit.


Le cinéaste tire son parti des bizarreries des dialogues en français, qu’écorchent allègrement ces filles fraîchement débarquées dans l’Hexagone, et parvient à rendre son glamour au moindre troquet miséreux. Mais “Tournée” n’est pas que strass et paillettes. Le film met aussi en scène des moments de solitude, de flirt et des instants de franche hostilité entre les danseuses et le producteur.


“Tournée” joue pleinement de charme et d’esprit. Mais pêche parfois par manque de tension dramatique. Amalric, de toute évidence, est tombé amoureux de ses personnages, mais il ne rend pas tout à fait présentes à l’écran les difficultés de vivre d’un art marginal. Et les dix dernières minutes du film laissent comme un goût d’indulgence de trop.


 Un film qui, sur le papier, n’a rien des “standards” d’une palme d’or mais qui, par son originalité et sa fantaisie, pourrait plaire à une personnalité comme Tim Burton, président du jury 2010. Qui sait? Avec son sujet décalé, ce road movie d’un (petit) budget de 4 millions d’euros pourrait bien créer la surprise…



 

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