Parler de la paix et de l’économie au Sommet de l’UPM

15-12-2011 10:12 AM

Abdel Massih Felli


 


 


Le Forum économique et financier de l’Union pour la Méditerranée, qui s’est tenu  à Milan, a permis aux 43 pays participants de passer en revue les dispositions visant à réduire l’inégalité entre les rives Nord et Sud de la Méditerranée. Un an après le sommet de Paris qui a institué l’Union pour la Méditerranée (UPM), les pays du Nord et les pays du Sud qui en font partie – 43 au total et quelque 600 millions d’habitants – ont confronté leurs objectifs et leurs attentes lors d’un forum de deux jours à Milan. Ces assises ont passé en revue les moyens mis en œuvre pour surmonter les problèmes séparant les deux rives de la Méditerranée: disparités économiques et financières, déséquilibre des ressources énergétiques, démographie mal contrôlée, obstacles au développement de réseaux d’entreprises. Le Sud connaît une croissance globale de 3.5 % alors que le Nord subit une récession de 2%. C’est pourquoi la Banque européenne d’investissements (BEI), qui est le plus important investisseur international du bassin, voit des avantages réciproques et réels à renforcer la coopération. “D’une région de solidarité, nous devons faire une région d’opportunité. Se brancher sur cette région dynamique est essentiel”, insiste son vice-président Philippe de Fontaine Vive. En ouvrant cette semaine les travaux des assises, Silvio Berlusconi a rappelé la “modestie” des résultats obtenus depuis l’accord de Barcelone, en 1997. Dans la foulée du G8 de L’Aquila qui a débloqué 20 milliards de dollars sur 5 ans essentiellement en faveur de l’Afrique, le président du Conseil italien a notamment appelé à faire de l’UPM “un ensemble beaucoup plus concret au service du bien-être et du développement”.
Le président Hosni Moubarak, coprésident de l’UPM, a dégagé trois domaines d’intervention: le développement du nucléaire civil et des énergies renouvelables, solaire en premier lieu, pour permettre aux pays du Sud de respecter l’échéance européenne de 2020 avec 1/5 d’énergies renouvelables ; les transferts de capitaux et de savoir-faire nécessaires à la création d’un tissu de PME au Sud, notamment dans l’agroalimentaire ; une coopération accrue dans les infrastructures pour “réduire l’impact de la crise”. Silvio Berlusconi a demandé que la capitale économique de l’Italie devienne le siège d’un “secrétariat économique” de l’UPM. “C’est un objectif possible pour nous” a déclaré le chef de l’Etat italien à Christine Lagarde et Hosni Moubarak.


Premier anniversaire


L’Union pour la Méditerranée a célébré son premier anniversaire, qui coïncide avec la fin d’une longue paralysie, due notamment à l’intervention militaire israélienne à Gaza de décembre-janvier. “Le vrai bilan, ce sera l’UPM deux ans après”, fait valoir Gilles Mentré, conseiller auprès de la présidence française. Un sommet se tiendra en juillet 2010 “et c’est là qu’il faudra rendre des comptes”, a-t-il ajouté lors d’un récent colloque organisé à Paris par la Fondation pour l’innovation politique. Le 13 juillet 2008, le premier sommet de l’UPM, réunissant à Paris les pays riverains de la Méditerranée (à l’exception de la Libye) et ceux de l’Union européenne, avait été salué comme un succès des co-présidences française et égyptienne. Des réunions d’experts, de fonctionnaires, de ministres, avaient suivi jusqu’à un gel des réunions, conséquence du conflit de Gaza. L’UPM vise à convertir l’espace méditerranéen en zone de paix par le biais de projets, en particulier sur l’environnement ou le transport. Son objectif, porté par le président français Nicolas Sarkozy, était de sortir de l’ornière le processus de dialogue euro-méditerranéen dit de Barcelone, né en 1995.
 
Sortir de la paralysie


Les efforts de relance de l’Union pour la Méditerranée se sont poursuivis mardi dernier à Bruxelles avec une réunion des ministres des Finances et la promesse d’un octroi facilité de prêts européens pour le financement de projets communs aux pays concernés. Lancé en grande pompe en juillet 2008 par le président français Nicolas Sarkozy, l’Union pour la Méditerranée (UPM) associe pays de l’UE et du pourtour méditerranéen. Elle vise à convertir l’espace méditerranéen en zone de paix par le biais de projets concrets. Censé donner une nouvelle vie au dialogue euro-méditerranéen de Barcelone lancé en 1995, qui s’était enlisé du fait du conflit israélo-palestinien, l’initiative a toutefois tourné court en début d’année avec l’offensive à Gaza. D’abord avec une première réunion ministérielle à Paris – avec Israéliens et Palestiniens – sur l’environnement. Puis mardi à Bruxelles sur les dossiers financiers avec des représentants des 43 pays membres.
La rencontre a été productive et utile, a déclaré le ministre égyptien des Finances Youssef Boutros Ghali, dont le pays co-préside l’UPM avec la France. Cette réunion ministérielle a été suivie d’une autre de la Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP), principal instrument financier de l’UPM, dépendant de la Banque européenne d’investissement (BEI). Le président de la BEI, Philippe Maystadt, a indiqué que la FEMIP avait la “volonté d’accélérer la mobilisation de ses prêts pour répondre à la crise”.


Sommet Sarkozy-Moubarak à Paris


Le président Hosni Moubarak est arrivé à Paris où il a déjeuné mardi avec son homologue français Nicolas Sarkozy pour évoquer la relance de l’Union pour la Méditerranée (UPM) et le processus de paix au Proche-Orient. Arrivé dans l’après-midi, Moubarak s’est entretenu pendant 45 minutes avec le Premier ministre, François Fillon, à l’hôtel Bristol, où le président Moubarak loge avec sa délégation. Le Premier ministre n’a fait aucun commentaire à l’issue de cet entretien, qui s’est déroulé en dehors de la présence de la presse. Aucun point de presse n’était prévu à l’issue du déjeuner de Sarkozy et Moubarak. Interrogé, le ministère des Affaires étrangères a précisé qu’il s’agissait d’une “visite s’inscrivant dans le cadre normal des relations bilatérales”.
Les deux chefs d’Etat ont abordé “les questions régionales, le processus de paix au Proche-Orient, faire le point sur la relance de l’UPM et faire un point sur le sommet de L’Aquila” du 8 au 10 en Italie dont Moubarak était un invité, a ajouté le Quai d’Orsay.
Le président français Sarkozy a à nouveau plaidé pour la tenue d’une conférence internationale afin de relancer le processus de paix entre Israël et les Palestiniens, lors d’un déjeuner avec son homologue Moubarak. Lors de cet entretien, le chef de l’Etat français a estimé qu’il fallait “arrêter de laisser du temps au temps”, que “le temps joue pour les extrémistes” et qu’il était nécessaire de “prendre des initiatives fortes pour pousser fortement les parties à reprendre le chemin des négociations et à conclure un règlement de paix”, a indiqué l’Elysée. “Le président a indiqué que, si l’impasse actuelle perdurait, il serait sans doute indispensable, nécessaire, très utile de ramener toutes les parties autour d’une table au plus haut niveau pour mettre chacun devant ses responsabilités”, a poursuivi la même source. Interrogé sur le perron de l’Elysée à l’issue du déjeuner, Moubarak a également évoqué “des initiatives que nous pourrions prendre dans le cadre de nos efforts dans la région”, sans toutefois faire référence à la conférence internationale défendue par son hôte. Interrogé sur la médiation égyptienne pour tenter de rapprocher les Palestiniens du Fatah et ceux du Hamas, Moubarak a répondu qu’il essayait de “rapprocher les points de vue” mais a douté de pouvoir “faire quelque chose au cours du mois d’août dans cette région”. Le dernier round du dialogue interpalestinien, prévu le 25 juillet au Caire, a été reporté d’un mois pour favoriser les discussions entre les rivaux.



Légende:
Le président Moubarak salué par le président Sarkozy sur le perron de l’Elysée.

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