L’Egypte après Moubarak regagne sa vie démocratique

15-12-2011 09:06 AM

Abdel Massih Felli


Les changements apportés à la Constitution égyptienne par une commission de juristes seront soumis à un référendum d’ici deux mois. Cette commission a rencontré le conseil suprême des forces armées, en charge du pouvoir depuis la démission du président Hosni Moubarak, qui lui a donné 10 jours pour réviser la Constitution, avant la tenue d’élections présidentielle et législatives.  L’armée a promis que le déroulement du référendum serait surveillé par l’armée et la police. Les militaires, au pouvoir en Egypte depuis la chute de Moubarak après 18 jours de révolte populaire, ont suspendu la Constitution et dissous le Parlement, en promettant des élections démocratiques. Ils ont annoncé qu’ils géreraient les affaires du pays pour six mois, ou jusqu’aux prochaines élections législatives et présidentielles. La réforme de la Constitution couvrira la suppression de l’article 179 et l’amendement des articles 76, 77, 88 ,93, 189 et tout article serait portant sur la garantie de la transition démocratique.  L’armée a donné dix jours à une commission de juristes pour amender la Constitution, deux jours après avoir annoncé sa suspension et dissous le Parlement. Le Conseil suprême des forces armées, qui assure en réalité le pouvoir depuis la chute du président Moubarak, souhaite par ce nouveau geste démontrer sa volonté de transmettre le plus tôt possible les rênes du pays à un pouvoir civil. La commission indépendante, présidée par le juge Tarek al Bichri, a déjà commencé à se réunir. Elle est chargée d’amender cinq articles, dont ceux portant sur les conditions très restrictives de la candidature à la présidentielle et le mode de supervision des élections. La confrérie des Frères musulmans, officiellement interdite sous Moubarak, mais tolérée dans les faits, a d’ailleurs annoncé son intention de former un parti politique, en vue des élections législatives et présidentielles dont l’armée a dit souhaiter la tenue d’ici six mois.  Pertes économiques Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a appelé “la communauté internationale à fournir un soutien à l’économie égyptienne durement affectée par la crise politique qui a déferlé sur le pays”. Au pic de la révolte, l’économie égyptienne perdait au moins 310 millions de dollars par jour, selon une note récente du Crédit Agricole, qui a abaissé ses prévisions de croissance 2011 pour l’Egypte de 5.3% à 3.7%. Si la question sur la possibilité de geler les avoirs de certains dirigeants se pose, elle nécessite, toutefois, les compétences des chefs de la diplomatie de l’UE. Pour y répondre, ils se réuniront donc le 21 février prochain à Bruxelles. Selon la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, c’est à la demande du ministère égyptien des Affaires étrangères que le sujet sera étudié.  D’après des sources européennes, une dizaine de personnes seraient visées par cette mesure, dont plusieurs anciens ministres. Et curieusement le ministère égyptien des Affaires étrangères a tenu à préciser que seuls les avoirs de ces personnes étaient concernés mais pas “pas ceux de l’ex-président Hosni Moubarak ni de sa famille”. De son côté, la Suisse a déjà pris des mesures drastiques, et dès l’annonce de la chute de Moubarak, vendredi, le gouvernement helvétique a décidé de geler tous les avoirs de l’ancien président et de son entourage pour une durée de trois ans.  Les manifestations se poursuivent  Des arrêts de travail ont touché ces derniers jours tant le secteur du transport que celui du pétrole, des banques et du textile, ainsi que de nombreux organismes gouvernementaux. Leurs employés réclament de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. La Bourse du Caire, fermée depuis le 27 janvier, a annoncé qu’elle le resterait jusqu’à ce que le travail reprenne dans le secteur bancaire, aujourd’hui le dimanche, le 20 février en cours. Des manifestations se poursuivaient mercredi en Egypte, en dépit des mises en garde de l’armée contre les conséquences des rassemblements et des grèves sur le retour à la normale et les efforts visant à améliorer l’économie. Plusieurs centaines d’employés ont entrepris de protester pour demander de meilleurs salaires et une couverture santé. A Mahallah al-Koubra, ville du delta du Nil, des ouvriers de la plus grande usine textile d’Egypte se sont mis en grève pour réclamer une hausse des salaires et une enquête sur des faits présumés de corruption au sein de l’établissement. A Port-Saïd, à l’entrée du canal de Suez, un millier de personnes ont manifesté pour exiger la fermeture d’une usine chimique, qui déverse ses déchets dans un lac près de la ville.   L’ancien président Hosni Moubarak a “baissé les bras”, ne “va pas bien” et ne pense plus qu’à mourir dans sa résidence de Charm el-Cheikh, a déclaré mercredi un responsable saoudien. Après avoir remis hâtivement ses pouvoirs à l’armée, le raïs a gagné la station balnéaire de la pointe sud du Sinaï, à portée de vue des côtes saoudiennes. Selon le responsable saoudien, le royaume s’est proposé d’accueillir Moubarak, dont la santé est fragile.  

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