Le risque d’une guerre civile au Yémen

15-12-2011 09:07 AM

Abdel Massih Felli


Le président contesté Ali Abdallah Saleh a mis en garde contre le risque d’une guerre civile au Yémen. L’homme,de plus en plus isolé, a estimé que les divisions au sein de l’armée étaient néfastes pour le pays. Il l’a dit devant les commandants des différentes unités qui lui sont restées fidèles. Ali Abdallah Saleh, semblait inexorablement poussé vers la sortie en raison d’une cascade de défections parmi ses ministres, généraux et diplomates. Mais il s’accrochait au pouvoir, au risque de provoquer un bain de sang. Des chars de la garde présidentielle dirigée par son fils gardaient des bâtiments clefs de la capitale, Sanaa, tandis que des chars d’unités passées à l’opposition étaient déployés autour de la banque centrale et du siège du parti présidentiel.  Mohammed Kahtan, le porte-parole de la coalition de six partis d’oppositions, affirmait que les manifestants marcheraient sur le palais présidentiel.   L’opposition rejette l’offre  Toutefois, cette déclaration plutôt menaçante a été suivie d’un communiqué laissant entrevoir une issue à moyen terme de la crise, le président Saleh quittera la présidence du Yémen d’ici janvier 2012, dès lors qu’auront été organisées des élections législatives, a en effet déclaré l’un de ses collaborateurs. Ali Saleh ne veut pas se retirer sans savoir qui lui succèdera à la tête du pays, a ajouté Ahmed al Soufi, responsable des relations avec la presse du président yéménite. Le président yéménite déclarait jusqu’à présent qu’il ne solliciterait pas de nouveau mandat en 2013.  L’opposition a rejeté l’offre du président yéménite de quitter le pouvoir début 2012, exigeant “son départ immédiat”, selon son porte-parole Mohamed al-Sabri. “Le peuple yéménite réclame le départ immédiat” du président, a dit le porte-parole. “Une seule chose pourra satisfaire le peuple, et c’est la démission de cet homme”, a-t-il ajouté.   Aux jeunes qui manifestent, le président a dit qu’ils étaient “victimes de forces politiques vieillissantes comme les nassériens, les communistes et les houthis”, les rebelles chiites dans le nord du pays. Des négociations seraient en cours pour assurer une sortie honorable à Ali Saleh.  Ali Saleh table sur la loyauté d’une armée dont les plus hauts gradés comptent trois de ses neveux, trois demi-frères et des membres de sa tribu des Hashid. Illustrant toutefois la complexité de la situation dans une société aussi tribale que le Yémen, le principal responsable militaire à avoir rallié l’opposition n’est autre que Mohsen al Ahmar, un demi-frère du président.   Etat d’urgence  Dans ce contexte, au total, 164 députés sur 165 présents ont voté pour cette mesure, proclamée par le chef de l’Etat après la mort de 52 manifestants tués lors d’une attaque contre les contestataires, attribuée à des partisans du régime. Le parlement compte 301 membres. Tous les députés de l’opposition parlementaire, les indépendants et les députés du Congrès populaire général (CPG) du président Saleh ayant démissionné en raison de la répression des manifestations, ont boycotté la séance. La Ligue arabe a dénoncé les “crimes contre les civils” perpétrés au Yémen et a exhorté les autorités du pays à satisfaire les exigences de la population yéménite, rapportent mardi les médias européens se référant à une déclaration de l’organisation. La Ligue “condamne fermement les crimes commis contre les civils, et appelle à des efforts concertés pour préserver l’unité nationale et le droit à la liberté d’expression”, d’après la source. En outre, l’organisation panarabe a exhorté les autorités yéménites au “dialogue et à employer des méthodes démocratiques pour satisfaire de façon pacifique les demandes du peuple “.  Activistes d’Al-Qaïda  13 activistes d’Al-Qaïda ont été tués dans des affrontements mardi avec des soldats yéménites à Loder dans la province d’Abyane au sud du pays, selon un responsable local. Cette zone serait un des bastions du réseau terroriste bien implanté, par ailleurs, dans certaines provinces du pays, échappant pratiquement au contrôle des autorités. Le chef d’Al-Qaïda d’Abyane, Khaled Baterfi, a été arrêté, en compagnie d’un autre membre du réseau à Taez, au sud de Sanaa, la capitale du pays.  Deux policiers et trois activistes avaient été tués le même jour lors d’affrontements dans la province de Marib. En France, une réunion a justement eu lieu mardi au ministère de l’Intérieur, pour «faire le point sur l’état de la menace» terroriste alors que se poursuit l’intervention de la coalition alliée en Libye. “La crise du pouvoir au Yémen” a été évoquée. C’est l’une des raisons pour laquelle, il faut que “tous les services soient particulièrement vigilants”, selon un communiqué de la place Beauvau. Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, avait souligné plus tôt que l’instabilité au Yémen pouvait entraîner un relâchement de la lutte contre Al-Qaïda dans ce pays.  La main de l’Iran  Il est bien de noter que l’affaire se complique encore si l’on prend en compte l’implication des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite. Au prix d’une assistance de 300 millions de dollars par an, les premiers voient en Ali Saleh un allié clef dans la lutte contre Al Qaïda, qui s’est redéployé au Yémen. Et s’ils ont reconnu pour la première fois lundi que le départ d’Ali Saleh s’imposait désormais, ils nourrissent des craintes envers une opposition comptant des partis islamistes, notamment Al Islah. Ce mouvement, dirigé par Hamid al Ahmar, est toutefois loin d’être une caricature obscurantiste : fort de 46 députés dont un quart de femmes, il compte la plus célèbre manifestante du pays, maintes fois arrêtée, Tawakel Karman, qui a appelé les femmes à ne plus porter le voile.  L’Arabie saoudite, pour sa part, est très attentive au devenir de son voisin du sud qui commande l’accès à la mer d’Arabie. Riyad, où les dirigeants sont partagés entre pro et anti-Ali Saleh, craint aussi la déstabilisation de l’Etat yéménite qui combat une insurrection des chiites Houthis au nord, pour faire bonne mesure, Sanaa lutte aussi contre un mouvement sécessionniste au sud. L’Arabie saoudite sunnite voit la main de l’Iran chiite derrière toute rébellion menée dans la région par cette branche minoritaire de l’islam. Ce qui a poussé Riyad à intervenir la semaine dernière à Bahreïn, monarchie sunnite à population en majorité chiite. Une intervention militaire saoudienne au Yémen semble toutefois exclue. 

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