L’Arabie Souadite et l’Egypte face au Hezbollah

15-12-2011 09:06 AM

Abdel Massih Felli Michael Victor


Le roi Abdallah d’Arabie saoudite s’est rendu en Syrie après une rencontre avec le président Hosni Moubarak. Le roi Abdallah et le président Moubarak ont examiné plusieurs questions: la situation au Liban, et la position du Hezbollah, des relations très tendues entre Israël et le Liban en raison des actions du Hezbollah. Le roi Abdallah a tenté de jouer un rôle de médiateur entre Le Caire et Damas, afin de faire fondre la glace qui recouvre les relations entre les deux pays. Les relations entre Le Caire et Riyad sont stratégiques, les intérêts des deux pays sont cohérents, en vertu de la solide amitié entre le président Moubarak et le roi Abdallah. Le roi Abdallah a rencontré le président syrien Bachar Al Assad jeudi pour tenter d’apaiser les tensions au Liban et profiter d’un apparent affaiblissement de la position iranienne après l’adoption de nouvelles sanctions à l’encontre de Téhéran. Le monarque s’est entretenu avec Al-Assad à Damas avant de se rendre à Beyrouth où il a rencontré son allié, le Premier ministre Saad Hariri, le président Michel Souleïman et des dirigeants politiques pro-occidentaux, ont indiqué des responsables saoudiens.  Selon des responsables libanais, Abdallah a souhaité convaincre Al-Assad d’user de son influence pour inciter le Hezbollah, mouvement chiite, à ne pas accroître les tensions, notamment avec des responsables politiques sunnites tels que Hariri. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah a condamné l’enquête des Nations unies sur le meurtre du père de Saad Hariri, l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, et a déclaré s’attendre à la prochaine inculpation de plusieurs membres de son mouvement. L’Arabie saoudite tente par ailleurs de convaincre la Syrie de desserrer son alliance avec l’Iran et d’adopter une politique étrangère davantage centrée sur le monde arabe. En contrepartie, Ryad pourrait accorder une aide financière à la Syrie et une reprise des investissements. La montée de l’influence de l’Iran dans la région depuis l’invasion américaine en Irak en 2003 et ses liens avec la Syrie, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, inquiètent l’Egypte et l’Arabie saoudite, alliés des Etats-Unis. “Le roi semble désireux d’évoquer ses inquiétudes quant aux risques d’escalade au cas où le tribunal de l’Onu prendrait des décisions dans l’affaire du meurtre d’Hariri”, note Khalid al Dakhil, un auteur politique saoudien.
Ballet diplomatique   Le roi Abdallah d’Arabie saoudite et le président syrien Bachar al-Assad se sont rendus vendredi au Liban, où la tension est montée après des révélations sur une possible mise en cause du Hezbollah dans l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri.
L’émir du Qatar, cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, était attendu au Liban le même jour. Ce ballet diplomatique est perçu comme une tentative de juguler les tensions après les déclarations le 22 juillet du chef du Hezbollah chiite Hassan Nasrallah disant s’attendre à ce qu’un tribunal de l’ONU accuse des membres de son parti d’implication dans le meurtre de Rafic Hariri. La perspective d’une mise en cause du puissant groupe armé fait craindre un renouvellement des violences confessionnelles de 2008 qui avaient opposé des partisans de l’actuel Premier ministre et fils de Rafic Hariri, le sunnite Saad Hariri, et ceux du parti chiite, et fait une centaine de morts. Des craintes ont également surgi sur une possible nouvelle guerre entre le Hezbollah et Israël qui a accusé ces derniers mois le parti chiite de stocker des milliers de roquettes. “Les deux prochaines semaines vont être cruciales”, affirme à l’AFP Shadi Hamid, directeur du centre de recherche Brookings Center. “Il y a un risque d’escalade, de violences sectaires et tous les acteurs impliqués sont conscients du risque”. “Ils prennent des mesures préventives pour désamorcer la crise avant que celle-ci n’échappe à leur contrôle dans les prochains semaines et mois”, ajoute-t-il. Rafic Hariri, ancien Premier ministre devenu opposant à l’hégémonie de Damas au Liban, a été tué avec 22 autres personnes dans un attentat à la camionnette piégée à Beyrouth le 14 février 2005. Créé en 2007 par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) doit publier l’acte d’accusation vers la fin de l’année. Les deux premiers rapports de la commission d’enquête de l’ONU avaient conclu à des “preuves convergentes” mettant en cause les renseignements syriens et libanais, mais Damas a toujours nié toute implication. Après l’assassinat de Hariri, les relations entre la Syrie, qui soutient le Hezbollah, et l’Arabie saoudite, très proche de la famille Hariri, se sont distendues, mais les deux pays ont opéré un rapprochement en 2009. Pour Fouad Siniora, nommé Premier ministre après l’assassinat d’Hariri, les visites des leaders arabes reflètent la conjoncture difficile au Liban. “La tension actuelle est le fruit d’intimidations plus qu’elle n’est réelle, mais je ne veux pas non plus sous-estimer la possibilité qu’il y ait des tentatives de pousser le Liban vers un conflit”, affirme à l’AFP M. Siniora, aujourd’hui député. “Malheureusement, quand on pousse le Liban vers le bord du gouffre, ce n’est pas toujours contrôlable”, dit-il. Un conseiller de Saad Hariri minimise quant à lui les risques de nouvelles violences. “Je ne vois pas pourquoi la question du tribunal devrait provoquer un conflit”, déclare Mohammad Chatah. “Nous ne voyons pas la situation se développer en un conflit entre sunnites et chiites”.
  Menacer l’unité libanaise  A noter que l’inculpation de membres du Hezbollah pour le meurtre de Rafic Hariri pourrait menacer l’unité du gouvernement libanais, dirigé par son fils, et qui comprend des ministres issus du mouvement chiite. L’annonce par le chef du Hezbollah chiite Hassan Nasrallah que des membres de son parti allaient être mis en cause par le tribunal de l’ONU dans l’assassinat du dirigeant Rafic Hariri augure d’une nouvelle période de tensions au Liban, redoutent des analystes. “Cette nouvelle situation est très alarmante”, affirme Paul Salem, directeur du Centre Carnegie pour le Proche-Orient. Le Hezbollah est dans une situation très inquiétante. Le président Michel Souleïman a eu début juillet quatre jours d’entretiens avec des responsables politiques pour tenter d’apaiser les tensions rappelant les profondes divisions qui avaient fait planer la menace d’une nouvelle guerre civile en 2008. Un diplomate occidental de Ryad a estimé que la visite du monarque à Beyrouth a constitué un signe de stabilité. “C’est courageux de sa part de se rendre là-bas dans un contexte de tensions politiques”, a-t-il dit. “Cela a montré que le royaume dirige la diplomatie régionale panarabe qui prend les initiatives”. L’adoption, en juin, de sanctions supplémentaires contre l’Iran par le conseil de sécurité de l’Onu semble avoir encouragé plusieurs Etats arabes modérés, dont l’Arabie saoudite, à s’exprimer plus ouvertement sur le risque d’instabilité au Liban. Saad Hariri, qui avait rendu responsable dans un premier temps Damas du meurtre de son père, tente depuis de renouer le contact avec la Syrie et a rencontré à plusieurs reprises Assad.  Guerre attendue Par ailleurs, Israël frappera directement les institutions gouvernementales libanaises si le Hezbollah lance des roquettes contre des villes israéliennes, a averti le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, dans une interview publiée lundi par le Washington Post. Barak, qui est attendu à Washington, a indiqué clairement dans cet entretien que le gouvernement israélien ne tolérera aucune nouvelle attaque du mouvement chiite.  Si le Hezbollah lance une roquette sur Tel Aviv, “nous ne poursuivrons pas chaque terroriste ou chaque attaquant du Hezbollah”, avertit Ehud Barak dans l’interview. “Nous considérerons qu’il est légitime de frapper n’importe quelle cible appartenant à l’Etat libanais et pas seulement au Hezbollah”. Le Premier ministre libanais Saad Hariri estime qu’Israël se prépare à mener une guerre contre le Liban et se plaint des vols de surveillance menés par l’Etat hébreu au-dessus du territoire libanais, rappelle le quotidien de Washington.

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