La souveraineté de l’Egypte sur ses frontières

15-12-2011 09:05 AM

Abdel Massih Felli


Ce week-end, des Palestiniens ont tiré à plusieurs reprises des coups de feu sur l’Egypte, près de la ville de Rafah. Ils visaient les travaux entrepris par les Egyptiens pour construire un mur souterrain d’au moins 25 mètres de profondeur sur 10 kilomètres de long. Objectif de cette barrière : arrêter les fameux tunnels de contrebande de Gaza. Depuis un an déjà, des ingénieurs travaillaient à l’installation d’un “mur électronique”, c’est à dire des capteurs enfoncés à 15 mètres de profondeur, capables de différencier le bruit de fond des tunnels de celui d’un nouveau forage. Mais aujourd’hui, c’est un véritable mur d’acier qui serait en projet tout le long de la frontière entre l’Egypte et Gaza. Des témoins oculaires ont rapporté le début effectif de travaux côté égyptien. Un journal a dernièrement publié un article défendant la “souveraineté de l’Egypte” sur ses frontières.

Des responsables égyptiens ont confirmé la construction par l’Egypte d’une barrière de métal souterraine pour obstruer les tunnels de contrebande à la frontière avec la bande de Gaza. Des ouvriers ont commencé à empiler sous terre des tubes d’acier de 20 mètres de long et 50 centimètres de diamètre, précisent des responsables des services de sécurité égyptiens. Des habitants des villes de Rafah et Gaza ont dit avoir vu dimanche des ouvriers fabriquer de longs tubes, en soudant bout à bout des éléments courts, qu’ils enfouissaient ensuite profondément dans le sol. La presse israélienne signalait déjà il y a deux semaines la construction d’une palissade souterraine à 20-30 m de profondeur destinée à bloquer la contrebande entre l’Egypte et la bande de Gaza. Ces centaines de tunnels transfrontaliers alimentent toutes sortes de trafics, dont celui des armes, d’après l’Etat hébreu. Malgré l’offensive menée en décembre-janvier derniers par Israël contre le Hamas dans la bande de Gaza, nombre de tunnels sont restés ouverts et d’autres sont sans arrêt construits, en dépit de raids aériens réguliers de l’armée israélienne.

Réconciliation entre Hamas et Fatah

Déjà évoquée au moment du retrait israélien de Gaza en 2005, l’idée d’une barrière antitunnels prend un tour concret début décembre, quand le journal israélien Haaretz évoque les travaux d’un mur souterrain de 10 km de long (la frontière en fait une quinzaine), composé de plaques d’acier pouvant s’enfoncer à 20 m sous terre. Depuis un an, l’Égypte ne ménage pas ses efforts diplomatiques pour relancer les négociations sur la création d’un État palestinien et impliquer le président américain Barack Obama dans le processus de paix. Seule solution : une réconciliation entre le Hamas et le Fatah du président Mahmoud Abbas, chassé de Gaza à l’été 2007, qui permettrait aux Israéliens et à la communauté internationale, d’avoir un interlocuteur unique. Négocié depuis de longs mois au Caire, plusieurs fois espéré, cet accord n’a toujours pas vu le jour.
L’Égypte espère pousser le Hamas à faire des concessions. Elle mise sur les divisions qui commenceraient, selon des sources proches du dossier, à poindre entre les responsables islamistes à Gaza, plutôt pragmatiques et prêts au compromis, et la direction en exil à Damas, plus intransigeante. Ce calcul concerne aussi les négociations sur la libération du soldat israélien Gilad Shalit, elles aussi bloquées – par Israël, selon Le Caire – alors que le médiateur allemand aurait prévenu qu’il ne poursuivrait pas sa mission au-delà de la fin de l’année. La seule réaction officielle du Hamas a jusqu’à présent été de «demander des explications» sur la construction du mur. Les semaines qui viennent devraient dire si l’Égypte a gagné son pari.

Tunnels et blocus

Pour les Gazaouites, ce mur, en freinant et ou en empêchant les marchandises d’arriver par les tunnels, rendra plus hermétique encore le blocus établi par Israël. Aujourd’hui, plusieurs centaines de ces galeries existent -le chiffre de mille est même avancé. Elles ont repris leur activité après l’Opération Plomb durci il y a un an. C’est la soupape de la bande de Gaza, permettant de s’approvisionner en essence, en nourriture et en matériels divers. Des voitures sont mêmes arrivées depuis l’Egypte par ce biais ! C’est aussi par les tunnels que passe le trafic d’armes et l’arsenal du Hamas. Les services secrets israéliens parlent par exemple de missiles sophistiqués venus ainsi d’Iran.
Le Hamas va étudier pendant les jours qui viennent la réponse d’Israël concernant un projet d’échange du soldat israélien Gilad Shalit contre des centaines de détenus palestiniens. Un tel accord, s’il voit le jour, pourrait en tout état de cause ne pas intervenir avant le début de l’an prochain. Selon les médias israéliens, le médiateur allemand, qui a remis le texte israélien mercredi aux dirigeants du Hamas, a aussitôt après quitté Gaza pour regagner son pays où il passera les fêtes de fin d’année.

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