La Néo-Egypte et les Néo-Egyptiens

15-12-2011 09:06 AM

Abdel Massih Felli


Les Egyptiens après le 25 Janvier, ne sont plus les mêmes que les Egyptiens que nous connaissons. La révolution de la jeunesse et Facebook ont conduit à des changements fondamentaux au caractère égyptien. L’Égyptien, pour la première fois, a le sentiment qu’il est devenu un véritable citoyen. Le gouvernement, et tous ses organes, surtout  les sécuritaires, sont devenus engagés à son service, et au respect de sa dignité. D’autre part, le citoyen égyptien, jouit de la pleine liberté d’expression, et de se débarrasser de la barrière de la peur. Dans cette période, on peut appeler les Egyptiens, les Néo-Egyptiens, et l’Égypte, la Néo-Egypte. Dans ces conditions, la contestation s’intensifie en Egypte après trois semaines de mobilisation. Des centaines de milliers de personnes continuent à défiler au Caire et en province pour protester contre le président Moubarak. Ce qui fait de ces manifestations les plus importantes depuis le début du mouvement, le 25 janvier dernier. De sa part, l’organisation de défense des droits de la personne Human Rights Watch a confirmé 297 décès depuis le début de la révolte populaire en Égypte.


C’est une révolution
Dans un entretien au Monde, Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe, qualifie les événements actuels en Egypte de “révolution”, à l’instar des manifestants de la place Tahrir, quand le vice-président Omar Souleimane les qualifie d'”intifada”, c’est-à-dire de “soulèvement”. On peut d’ores et déjà affirmer que l’Egypte d’après le 25 janvier est radicalement différente de celle d’avant. Les voix populaires se sont élevées avec clarté et beaucoup de courage, disant toutes que le changement est inéluctable. La jeunesse égyptienne, soutenue par l’ensemble des générations, dit aujourd’hui des choses que personne n’a osé dire durant plusieurs décennies.” Il ajoute : “Je répète: c’est une révolution.”. A noter que plusieurs courants politiques et sociaux réclament la candidature d’Amr Mousa à la présidence en septembre 2011.


A la place Tahrir, épicentre de la révolte au Caire, la mobilisation ne montrait aucun signe d’essoufflement malgré les nuits fraîches, la fatigue et les conditions de vie spartiates sur ce rond-point devenu un village de tentes retranché. On pouvait lire sur une banderole : “le peuple veut faire tomber le régime”. La foule a d’ailleurs réservé un accueil triomphal au cyber-militant et cadre de Google Wael Ghonim, libéré lundi après douze jours aux mains des services de sécurité d’Etat.  L’opposition égyptienne, qui continue à exiger la démission immédiate du président Hosni Moubarak, a démontré une nouvelle fois mardi sa capacité à mobiliser les foules, malgré le plan de transfert du pouvoir annoncé par le vice-président Omar Souleimane.


Transition rapide
Par ailleurs, les Etats-Unis se sont également fait plus pressants par la voix du vice-président Joe Biden, qui a invité Omar Souleimane à une transition “rapide, significative, pacifique et légitime”. Outre les promesses d’Omar Souleimane a été annoncée la remise en liberté de 34 prisonniers politiques. Il s’agit de la première initiative du genre depuis qu’Hosni Moubarak s’est engagé dans la voie de l’ouverture. La Maison Blanche a quant à elle demandé la libération immédiate de tous les opposants. “Le gouvernement doit cesser d’arrêter des manifestants et des journalistes, harcèlement, les brutalités et les interpellations visant des reporters, des militants et ceux qui sont engagés au sein de la société civile”, a déclaré Robert Gibbs. Le porte-parole de Barack Obama a en outre déploré les propos tenus la veille par Omar Souleimane, qui a estimé que l’Egypte n’était pas mûre pour la démocratie. La Maison Blanche a indiqué que les autorités américaines n’étaient pas en contact avec les Frères musulmans, les islamistes égyptiens qui ont participé la veille au début d’un “dialogue national” au Caire avec le pouvoir du président Moubarak. Gibbs a aussi souligné “les nombreux désaccords des Etats-Unis avec les déclarations de certains dirigeants de cette organisation”.


Amender la Constitution
Dans ce contexte, le président Moubarak a “signé un décret présidentiel en vertu duquel il a formé une commission qui aura pour mission d’apporter des amendements à la Constitution”, a annoncé Omar Souleimane, le vice-président, avant la fin du mois en cours. Moubarak a “souligné la nécessité de poursuivre le dialogue, pour passer des lignes générales à une feuille de route claire au calendrier précis, en vue d’une transition pacifique et organisée du pouvoir, dans le respect de la légitimité constitutionnelle”, a ajouté Omar Souleimane. Les mesures politiques annoncées progressivement par le pouvoir n’ont pas apaisé la colère des protestataires qui exigent toujours un départ immédiat du président Moubarak. Des milliers d’Egyptiens continuaient à manifester pour marquer le début de la troisième semaine de cette révolte sans précédent.


Espérant calmer les manifestants, le président Moubarak a promis une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites. La Bourse du Caire, fermée depuis le 30 janvier, doit de son côté rouvrir le 13 février. Même si les contestations persistent, la vie reprend doucement son cours au Caire, avec la réouverture des magasins et des routes depuis dimanche 6 février. La durée du couvre-feu a été de nouveau réduite dans la capitale, à Alexandrie (nord) et Suez (est) : il sera désormais en vigueur de 20h à 06h. Dans le même souci d’apaisement, Moubarak a demandé la formation d’une commission d’enquête sur les violences de mercredi place Tahrir, où des affrontements meurtriers ont opposé partisans et détracteurs du régime. Selon Omar Souleimane, il a donné des instructions pour empêcher toute “poursuite” ou harcèlement à l’encontre des manifestants, dont “la liberté d’expression” ne devrait pas être “confisquée” selon lui. “Les jeunes d’Egypte méritent l’estime de la nation”, a indiqué Souleimane.


Stabilité ou coup d’Etat
Sous la pression de la rue, le président Moubarak a annoncé le 1er février qu’il ne briguerait pas un sixième mandat en septembre. “Mais, a-t-il ajouté, il s’agit de penser à l’avenir de l’Egypte, et à celui qui va mener le pays à l’avenir, non pas à sa personne, mais à ses qualifications et ses orientations” politiques, un message qui semble viser les jeunes et les Frères musulmans, une des forces d’opposition. “La révolution des jeunes a ses côtés positifs, mais il faut prendre garde à ne pas s’embourber dans ses côtés négatifs”, a prévenu, Omar Souleimane, le vice-président. “Le dialogue et la compréhension sont la première manière d’obtenir la stabilité dans le pays et de sortir de la crise pacifiquement, avec un programme de pas continus pour régler tous les problèmes”, a-t-il ajouté, cité par les médias officiels. “La seconde manière, alternative, serait un coup d’Etat et nous voulons éviter cela”, a-t-il ajouté, selon l’agence MENA. Le gouvernement continuera de parler avec les factions politiques et les jeunes manifestants, a-t-il poursuivi, affirmant qu'”il n’y aura ni la fin du régime, ni un coup d’Etat, car cela signifierait le chaos”. Souleimane a également mis en garde contre des appels à la “désobéissance civile”, jugeant de telles initiatives “extrêmement dangereuses pour la société”. “Nous ne le tolérerons pas”, a-t-il insisté.


Moubarak n’ira pas en Allemagne
Critiquant les “ingérences étrangères” dans les affaires de l’Egypte, sans nommer un pays en particulier, Souleimane a souligné que “les pressions ne seront jamais bénéfiques à la société, ce sont plutôt une invitation à davantage de chaos”. “Nous sommes convaincus que l’Egypte est visée. Pour eux, ce qui se passe est une occasion non pas pour le changement, mais pour affaiblir l’Egypte et semer un chaos que Dieu seul sait quand il prendra fin”, a-t-il poursuivi. Il a également accusé sans les nommer des “éléments de fournir des armes et de menacer la sécurité nationale dans le Nord-Sinaï”, où des attaques contre les symboles de l’Etat se sont multipliées ces deux dernières semaines. Interrogé sur un possible séjour hospitalier du président Moubarak en Allemagne, Souleimane a affirmé qu’il était “en bonne santé et qu’il n’y avait eu aucun accord avec la chancelière allemande Angela Merkel”. Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, le raïs égyptien pourrait effectuer sous peu “un bilan médical prolongé” en Allemagne. “Il s’agit d’une ingérence flagrante dans nos affaires internes”, a réagi Souleimane.

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