La missionnaire égyptienne en Suisse

15-12-2011 09:07 AM


Si le culte de Véréna est très répandu en Europe, ce n’est qu’à l’époque contemporaine qu’il a commencé à se développer en Egypte : il y a 25 ans, précisément en 1986, une partie des reliques de la sainte a été remise par l’évêque du canton de Zurich à une délégation copte pour être transférée en Egypte. C’est pourquoi la célébration de ce culte revêt une importance particulière.


                                                           


Célébrée le 1er septembre, originaire de Haute Egypte, Véréna vécut au quatrième siècle.
Patronne de Zurzach, son histoire est associée à celle de la Légion Thébaine. Elle fut martyrisée en Suisse.


Selon les sources les plus anciennes disponibles, elle était la fille unique d’une famille connue de Thèbes.
Ses parents la confièrent à un évêque du nom de Chaeremon qui la baptisa et veilla ensuite à son instruction religieuse et à son éducation.


Après le décès de l’évêque au cours des persécutions de Dèce perpétrées contre les Chrétiens, elle partit avec d’autres coreligionnaires vers la Basse-Egypte pour rejoindre ses proches parents dans la légion thébaine nouvellement recrutée qui avait pour chef Maurice, sous l’empereur Dioclétien (284-305) et son co-empereur Maximien.


Comme chez les Coptes les liens familiaux sont traditionnellement extrêmement forts, il était d’usage de voir les principaux officiers accompagnés de leur proche parenté féminine qui leur prodiguait paix et aide morale.


C’est ainsi que Véréna rejoignit la légion thébaine qui fut envoyée en Europe comme renfort pour la défense de la route militaire stratégique qui part de la Ligurie, traverse les Alpes, longe les fleuves Aar et le Rhin jusqu’à Bonn et Cologne.


Véréna fut d’abord confiée aux soins d’un homme pieux du nom de Maximus qui habitait Milan.


Elle y passa plusieurs années à fréquenter les lieux de martyre des différents saints.


Lorsqu’elle apprit le martyr de ses proches parents Maurice, Victor et leurs frères thébains, elle suivit leurs pas, traversa les Alpes, arriva à Agaunum (aujourd’hui Martigny), poursuivit ensuite sa route au delà du fleuve Aar pour arriver près du fort de Salodurum (aujourd’hui Soleure), où elle séjourna chez un fugitif thébain, passant nuit et jour à prier, à jeûner et à louer Dieu.


Vie austère
Dans son grand désir d’être sauvée, elle se retira peu après dans une grotte et y mena une vie austère, toute d’ascèse, en vue de sauver son âme.


Là, elle vécut du revenu de menus travaux manuels, qu’une vieille voisine chrétienne se chargeait de vendre pour elle.


Au nom du Seigneur, elle pouvait accomplir beaucoup de miracles, guérir les possédés, et rendre la vue aux aveugles.


Ceci eut pour conséquence la conversion d’un grand nombre d’Alamans au christianisme, et la réputation de Véréna se répandit rapidement dans toute la région.


Elle était considérée comme la mère de ces filles auxquelles elle a, avec zèle, consacré une grande partie de sa vie, leur donnant une éducation chrétienne authentique, et suscitant en elles un comportement irréprochable sur tous les plans.


Après une brève arrestation qui ne dura que quelques jours, au cours de laquelle Saint Maurice lui apparut pour l’encourager à persévérer dans la vraie foi, elle fut relâchée à la demande du gouverneur romain qu’elle avait pu guérir miraculeusement.


A cause de sa grande popularité, elle décida d’échapper au monde et quitta sa cellule de Soleure.


Elle suivit le cours du fleuve Aar et élut domicile sur une petite île au confluent de l’Aar et du Rhin.



Guérisons miraculeuses


Elle la délivra miraculeusement des serpents qui la peuplaient et continua à soigner les malades et à guérir les aveugles et les boiteux.


Après un certain temps, elle arriva à Tenedo (Zurzach), où elle reçut la tâche de s’occuper de la paroisse de l’église locale qui était consacrée à la Mère de Dieu.


En outre, elle continuait à aider les pauvres et à soigner les lépreux du voisinage qu’elle avait l’habitude de laver et de frictionner tous les jours.


Cette générosité suscita la jalousie de ses compagnes qui tentèrent insidieusement de la discréditer aux yeux du prêtre, et de le persuader qu’elle était une personne peu digne de sa confiance, qui dilapidait et dérobait ses provisions.


Pour ce faire, elles lui tendirent un piège et la surprirent en train de porter du pain et du vin aux lépreux.


En leur présence, le vin se changea sur-le-champ en eau ce qui démontra l’innocence de ses intentions.


A son retour, elle demanda au curé de mettre à sa disposition une petite cellule où elle pourrait passer le restant de ses jours en ermite.


Là, elle mena sept années de vie très austère, et guérissait les paralysés et les aveugles qui venaient lui demander aide.


Le jour de son départ pour le ciel, la Mère de Dieu lui apparut avec l’annonce d’éternelles réjouissances.


Le corps de la sainte est enchâssé dans la crypte de l’église érigée à cet endroit et qui depuis lors a toujours été considérée comme un des lieux de pèlerinage les plus vénérés en Europe centrale.


C’est là aussi que fut érigé le premier monastère du canton de l’Aargau.


Confirmation par les sources coptes


Des sources coptes, du début du IVème siècle, ont largement contribué à vérifier l’authenticité de cette histoire et à confirmer certains détails particuliers relatifs à l’Egypte qui avaient été rapportés par d’anciennes sources locales d’Europe.


L’auteur de l’Histoire Ecclésiastique, Eusèbe de Césarée, confirme dans son ouvrage sur l’histoire de l’Eglise copte l’existence de l’évêque Chaeremon qui baptisa Véréna et s’occupa de son éducation religieuse à l’époque et au lieu donnés par les sources européennes.
Eusèbe mentionne même le récit de la mort de l’évêque Chaeremon lors des persécutions de Dèce, comme fait le patriarche d’Alexandrie de l’époque, Dionysios, dans sa lettre à l’évêque d’Antioche, Fabius.
En outre, Chaeremon est un nom originaire de l’ancienne Egypte, qui signifie « Fils d’Amon ».
Le nom Véréna serait la forme copte du nom ptolémaïque Bérénice, mais il pourrait aussi trouver son origine dans l’ancienne Egypte, comme composé des mots coptes et anciens égyptiens « vre » (fleur) et « ne » (la ville, Thèbes), soit « La fleur de Thèbes ».
On dirait aujourd’hui « La fleur de Louxor ».


Vénération de Sainte Véréna


Sainte Véréna a été l’une des saintes les plus vénérées et les plus populaires de la région.
Le culte de Sainte Véréna atteignit un premier sommet au Xème siècle, lorsque Zurzach devint le sanctuaire principal d’Alemanie et de Souabe et l’un des lieux de pèlerinage les plus honorés de Suisse, Bourgogne, Alsace et Forêt-Noire.


Cette importance apparaît aussi dans les nombreuses manifestations d’attachement de la part des Habsbourg qui la considéraient comme l’un des saints patrons de leur dynastie.


La Confédération Suisse fit également preuve d’une grande considération à son égard lors de l’occupation de l’Aargu (y compris Zurzach) en 1416.


Les Suisses confédérés continuèrent à la vénérer comme la sainte patronne de l’Etat et lui firent allégeance en l’implorant en leur faveur.


Parmi les lieux de pèlerinage très fréquentés où l’on vénère la sainte figurent la grotte de Véréna située entre Oberdorf et Fallern, près de Soleure (Verena Schlucht), les chapelles de Sainte Véréna à Coblence, à Herznach, à Kaminstall près de Zug.


Bien qu’il soit difficile d’en faire l’inventaire précis aujourd’hui, leur nombre se serait élevé à au moins quatre-vingt deux, dans les différents cantons.


On trouve aussi 14 églises ou chapelles qui portent son nom dans le Wurtemberg, 11 dans la région de Baden, 3 en Bavière et 2 dans la région de Hohenzollern.


On vénère les reliques de la sainte jusqu’à Helmersberg en Prusse orientale et à Vienne (cathédrale de Saint-Etienne ou Saint Stéphane).


« Une relique de Sainte Véréna, don du père-abbé Mauritius Fürst de l’abbaye de Mariastein, est vénérée à l’ermitage Saint Marc au Revest-les-Eaux »
En 1986, une partie des reliques de la sainte a été remise par l’évêque du canton de Zurich à une délégation copte pour être transférée en Egypte.


En 1989, une association intitulée « La Famille de Sainte Véréna », dépendante du patriarcat copte orthodoxe, a été créée en vue du service spirituel, social et sanitaire des personnes les plus défavorisées des quartiers populaires d’Egypte.


Le 22 février 1994, le pape Chénouda III a consacré une église du complexe patriarcal d’Anba Rueiss au Caire à saint Maurice et sainte Véréna.
Parmi les différentes représentations de Sainte Véréna, la plus célèbre a toujours été celle où l’on voit la sainte avec le double peigne dans sa main gauche et la cruche dans sa main droite.
Elle illustre ses activités charitables, pleines de zèle et de dévotion, dans l’éducation des jeunes filles, l’aide aux pauvres, la toilette des lépreux, etc. Cette représentation de Sainte Véréna est aujourd’hui encore le motif des armes de la ville de Stäfa, dans le canton de Zurich.


Le double peigne assez particulier établit avec certitude l’ascendance copte de la légion.


En effet, l’origine de ce double peigne, tout comme l’étymologie des deux noms Chaeremon et Véréna, remonte non seulement aux Coptes mais à l’Egypte ancienne.


Il est totalement identique à ceux que l’on trouve au Musée Copte et au Musée Egyptien au Caire.Extrait de la « COPTIC ENCYCLOPEDIA »


La légion thébaine


“Il y avait à cette époque une légion de soldats, de 6 500 hommes, qu’on appelait les Thébains.
Ces guerriers, valeureux au combat, mais plus valeureux encore dans leur foi, étaient arrivés des provinces orientales pour venir en aide à Maximien.
Comme bien d’autres soldats, ils reçurent l’ordre d’arrêter des chrétiens.
Ils furent toutefois les seuls qui osèrent refuser d’obéir.
Lorsque cela fut rapporté à Maximien, qui se trouvait alors dans la région d’Octodurus , il entra dans une terrible colère.
Il donna l’ordre de passer au fil de l’épée un homme sur dix de la légion, afin d’inculquer aux autres le respect de ses ordres.
Les survivants, contraints de poursuivre la persécution des chrétiens, persistèrent dans leur refus.
Maximien entra dans une colère plus grande encore et fit à nouveau exécuter un homme sur dix.
Ceux qui restaient devaient encore accomplir l’odieux travail de persécution.
Mais les soldats s’encouragèrent mutuellement à demeurer inflexibles. Celui qui incitait le plus à rester fidèle à sa foi, c’était Saint Maurice qui, d’après la tradition, commandait la légion.
Secondé par deux officiers, Exupère et Candide, il encourageait chacun de ses exhortations.
Maximien comprit que leur cœur resterait fermement attaché à la foi du Christ, il abandonna tout espoir de les faire changer d’avis.
Il donna alors l’ordre de les exécuter tous.
Ainsi furent-ils tous ensemble passés au fil de l’épée. Ils déposèrent les armes sans discussion ni résistance, se livrèrent aux persécuteurs et tendirent le cou aux bourreaux “.                                                         Récit de Saint Eucher, moine de Lérins et évêque de Lyon


 


 

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