Ferrat, un artiste engagé

15-12-2011 09:05 AM


Jean Ferrat dont le parcours de chanteur est marqué par l##amour de la poésie et par l##engagement politique, est décédé à l##âge de 79 ans.


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 Auteur-interprète, écrivain parolier et compositeur de quelque 200 chansons françaises, le chanteur français Jean Ferrat est décédé samedi 13 mars à l’âge de 79 ans, était un artiste engagé, au service de tous les combats pour la fraternité, la révolte et l’idéal communiste, mais également un poète fou d’Aragon, qu’il a interprété avec talent.
Dernier de quatre enfants d’une famille modeste qui s’installe à Versailles en 1935, Ferrat poursuit ses études au collège Jules Ferry. Durant la guerre, son père, qui est juif, est déporté par les nazis et meurt à Auschhwitz. Cependant, l’enfant Ferrat fut sauvé grâce à des militants communistes.
À quinze ans, il doit quitter le lycée pour travailler afin d’aider financièrement sa famille. Attiré par la musique et le théâtre, il entre dans une troupe de comédiens au début des années 1950, compose quelques chansons et joue de la guitare dans un orchestre de jazz. Il passe sans grand succès quelques auditions, fait des passages au cabaret sous le nom de Jean Laroche, et, ne se décourageant pas, décide de se consacrer exclusivement à la musique. Le jeune guitariste prend ensuite pour pseudonyme Frank Noël, avant d’opter pour Jean Ferrat (d’après la ville Saint-Jean-Cap-Ferrat).
En 1956, il met en musique « Les yeux d’Elsa », poème de Louis Aragon. C’est André Claveau, alors en vogue, qui interprète la chanson et apporte à Jean Ferrat un début de notoriété. Suite à son succès, Ferrat se produit au cabaret parisien « La Colombe ». 
En 1959, il sort son second 45 tours avec la chanson « Ma Môme », son premier succès, et passe sur toutes les ondes. En 1966, le succès étant venu pour Ferrat, Vogue réédite ses 45 tours sous le label « Pop4 », label à bon marché destiné à la grande distribution de l’époque, comme « Prisunic ».
Sa rencontre avec Alain Graguer, qui signe ses premiers arrangements sous le pseudonyme de Milton Lewis, est décisive. Ce dernier devient l’arrangeur attitré des chansons de Jean Ferrat. Son premier 33 tours sort en 1961 et reçoit le prix de la SACEM. Commence alors sa longue carrière. En effet, Jean Ferrat a toujours été un chanteur engagé à l’esprit libre. Il écrit ses propres textes et met en musique ceux de ses amis poètes, à l’exemple de Henri  Gougaud, Georges Coulognes et Guy Thomas.
En 1962, il écrit à Isabelle Aubret, la chanson « Deux enfants au soleil », puis « Tout ce que j’aime ». En 1970, il écrit pour Daniel Guichard, la chanson « Mon vieux ». Son succès n’a jamais cessé.
Dans toutes ses chansons, Ferrat état un artiste engagé. Dans sa chanson « Camarade », il dénonce l’invasion russe de Prague en 1968. Opposé à l’orientation prosoviétique prise à l’issue du vingt troisième congrès du Parti communiste, en 1979,   Ferrat fustige dans la chanson « Le bilan », la déclaration de  Georges Marchais, secrétaire général du PCF qui a évoqué en 1979 un bilan globalement positif  des régimes dits socialistes. Il apporte néanmoins son soutien à Georges Marchais lors des élections présidentielles de 1981, expliquant quelques années plus tard, dans la chanson « Les cerisiers » (1985), les raisons pour lesquelles il est demeuré fidèle à la mouvance communiste.
Ferrat accuse le système commercial qui fait passer les considérations financières avant l’art des artistes créatifs. Publiant des lettres ouvertes aux différents acteurs de la vie culturelle, présidents de chaînes, ministres, Ferrat dénonce une programmation qui selon lui privilégie les chansons « commerciales » plutôt que les créations musicales et poétiques.
Il était membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie internationale de la promotion d’une culture de non-violence et de paix. 
Jean Ferrat, dès ses débuts, oriente son inspiration dans deux directions : l’engagement social (Il est proche du PSU puis du Parti communiste français) et la poésie. Toujours, il cherche à donner à ses chansons une signification militante derrière le texte populaire. Et met en musique de nombreux poèmes de Louis Aragon.
Proche des idées du Parti communiste français, ses chansons penchaient à révéler la révolte des humbles, des simples gens, encore une fois, il est interdit de télévision.
Après un voyage à Cuba qui le marque profondément et d’où il rapporte ses célèbres moustaches, c’est Mai 68 et ses événements qu’il vit intensément. Jean Ferrat retourne à sa passion pour la poésie, il met en musique Louis Aragon d’une façon magistrale.
Dans les années 1970, Jean Ferrat se fait plus rare, chaque nouvel album est un véritable événement et ses chansons sont commentées comme de véritables prises de position intellectuelles. Il affectionne les chansons qui font passer des messages forts tout en reposant sur un texte subtil et imagé au point d’en devenir parfois allégorique.
Durant ces années-là Ferrat fustige les guerres coloniales dans « Un air de liberté ».
Un an après l’accession de Valéry Giscard d’Estaing à la Présidence de la République, Ferrat, idole des Jeunesses Communistes, se moque avec férocité des jeunes militants du parti politique présidentiel, les Républicains Indépendants. Il est encore une fois en phase avec son temps, rappelant la proximité entre deux importants combats révolutionnaires : la lutte sociale et la lutte féministe en plein essor dans le temps [].
Amour, tendresse, combat, Jean Ferrat est resté toute sa carrière un homme fidèle à ses engagements. Admirateur du poète d’Aragon, compagnon de la route du parti communiste, Ferrat déclarait que «  la femme est l’avenir de l’homme ».


Plus de 5.000 personnes aux obsèques


Plus de 5.000 personnes ont rendu mardi hommage à  Jean Ferrat en chantant en choeur “La Montagne”, lors d’obsèques simples dans son village ardéchois d’Antraigues-sur-Volane.
Après l’arrivée du cercueil, entouré de la famille, peu après 14h30, le maire, Michel Pesenti, a lu à la foule, relativement âgée et rassemblée sur la place centrale sous le soleil, les dernières volontés du poète, qui voulait être enterré “aux côtés de son frère André” dans le cimetière municipal.
“Sans discours, sans manifestation, dans la plus stricte intimité”, a-t-il poursuivi, citant Jean Ferrat, qui disait cependant ne pas être “contre l’idée que les gens du pays puissent venir (lui) dire au revoir une dernière fois”.
Lors de la cérémonie retransmise en direct à la télévision, le frère de Ferrat, Pierre Tenenbaum, a souhaité parler de “l’homme” à qui des admirateurs du monde entier envoyaient des lettres adressées simplement à “Jean Ferrat, poète”.
“Je suis certain, mon Jean, que ta voix résonnera encore dans la vie et dans les coeurs”, a-t-il déclaré, ajoutant: “Je crois que tu résisteras à la terrible épreuve du temps”.
Puis deux jeunes filles de la famille ont lu, très émues: “Que serais-je sans toi” d’Aragon, que Jean Ferrat avait mis en musique, devant le chanteur Georges Moustaki, la secrétaire nationale du PC, Marie-Georges Buffet, venue “saluer un ami”, ou encore l’animateur Michel Drucker, arrivé en hélicoptère et le député européen (Europe Ecologie) José Bové.
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, en déplacement en Arabie saoudite, s’était fait représenter par son directeur de cabinet.
Face au cercueil, déposé devant l’hôtel-restaurant “La Montagne” où des gerbes de fleurs s’étaient amoncelées depuis le matin, Francesca Solleville a ensuite chanté a cappella “Ma France” avant qu’Isabelle Aubret n’entonne “Que c’est beau la vie”.
Puis “La Montagne”, écrite en hommage à ce paysage d’Ardèche que le poète aimait tant, a résonné sur la place du village, avant que le corps ne soit inhumé dans la plus stricte intimité.
Dans la foule anonyme, une septuagénaire venue de Paris, Alice Demeulenaere, se rappelle l’avoir vu chanter “dans sa jeunesse, quand il débutait dans les cabarets parisiens”. “Je me rappelle encore des branchés de l’époque qui disaient ce gars-là ne percera jamais”, a-t-elle déclaré.
Face à l’afflux de visiteurs, venus de la France entière, environ 160 gendarmes et policiers avaient été déployés et des navettes de bus avaient été mises en place, le village étant bouclé à la circulation pour l’événement.
 La soirée d’hommage au poète a été suivie par plus de quatre millions de téléspectateurs.
Le président Nicolas Sarkozy avait salué samedi “une conception intransigeante de la chanson française qui s’éteint”.



Névine Lameï
Michael Victor

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